Image: Gordon Johnson/Pixabay
L’annonce de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la transmission du coronavirus a semé la confusion. Qu’en est-il vraiment de la transmission du virus par les asymptomatiques?
« La transmission du virus par des personnes asymptomatiques est rare » : c’est ce qu’a affirmé le lundi 8 juin en conférence de presse Maria Van Kerkhove, l’une des responsables de la gestion de la pandémie à l’OMS.
Cette petite phrase a déclenché un tollé planétaire : a-t-on confiné inutilement des millions de gens? Les mesures de distanciation physique sont-elles justifiées? À quoi sert le port du masque dans ces conditions?
Pour clarifier les choses et répondre aux interrogations de la population, une conférence ouverte à tous a été diffusée sur les réseaux sociaux le 9 juin. Ce qu’il faut en retenir?
« Les personnes symptomatiques et les personnes asymptomatiques contribuent toutes à la transmission de la maladie. La question, c’est dans quelle proportion respectivement? » a indiqué Michael Ryan, directeur exécutif chargé du Programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire. Même sans tousser ou éternuer, le simple fait d’expirer ou de parler peut suffire à excréter des gouttelettes contenant des particules virales, a-t-il rappelé.
En fait, les données concernant la transmission par les personnes asymptomatiques (qui sont infectées, mais ne développent pas de symptômes) ou pré-symptomatiques (n’ayant pas encore développé les symptômes) sont trop partielles pour pouvoir estimer de façon claire le rôle de ces « porteurs sains » dans la propagation de la pandémie.
D’abord, il n’est pas facile de comptabiliser les asymptomatiques. « Les quelques études dont on dispose ont repéré les asymptomatiques en testant les contacts de personnes malades, par exemple dans des établissements de soins. Lorsqu’on suit ces individus, on se rend compte que les transmissions secondaires sont plutôt rares », a réexpliqué Maria Van Kerkhove, directrice de l’unité des maladies émergentes et des zoonoses de l’OMS.
Rares, mais pas inexistantes : une étude a par exemple montré que sur 63 personnes asymptomatiques suivies en Chine, 9 avaient infecté par la suite une autre personne.
Ainsi, même si les données semblent suggérer que ces personnes sont moins susceptibles de transmettre le virus que les malades, elles sont loin d’être « innocentées » pour autant.
Le problème, c’est que l’inconnue principale subsiste : comment estimer le rôle des asymptomatiques quand on ne connaît pas précisément leur prévalence? Dans une revue systématique non publiée portant sur plus de 20 000 personnes, on constate que la proportion d’asymptomatiques varie de 4% à 41% selon les études. Autant dire que l’incertitude est grande!
Le principe de précaution et le confinement sont donc justifiés, d’autant que la transmission peut survenir avant l’apparition des symptômes. « On sait que les gens peuvent excréter le virus 1 à 3 jours avant de développer les symptômes. Les informations sont encore parcellaires, mais il semble que le moment où la charge virale est la plus importante est au début de la maladie », a précisé Maria Van Kerkhove. Elle a rappelé que la stratégie de nombreux pays a consisté à se concentrer sur les cas suspects et à tester les personnes symptomatiques. « Plus on conduira de tests à large échelle, plus on en apprendra sur qui transmet la maladie et à quel moment. »
L’OMS maintient donc sa recommandation à la population générale d’utiliser un masque en tissu dans les lieux publics où le virus circule et quand la distanciation physique n’est pas possible, comme dans les transports en commun. Le document publié récemment résume également l’état des connaissances sur la transmission du SARS-CoV-2.
Une chose est sûre, a martelé Michael Ryan : « Si ce virus était facile à arrêter, tout le monde le ferait! Il ne suffit pas d’isoler les individus qui ont de la fièvre pour le contenir. » Et d’ajouter qu’il est crucial de mieux comprendre le schéma de transmission pour éviter d’avoir à confiner une majeure partie de la population à l’avenir, si ce n’est pas nécessaire.
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Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.