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L’arrivée en Amérique du Nord du variant Delta, qui devrait rapidement devenir dominant, fait craindre une reprise de l’épidémie. Les vaccins sont notre meilleure arme, selon les modélisations d’experts. Objectif : 60% de vaccinés, au moins.
Faut-il craindre une quatrième vague à l’automne? Tout dépend en fait de la « force » des variants (le Delta ou d’autres qui pourraient émerger) et, surtout, du taux de vaccination des populations. Plusieurs modélisations présentées en prépublication explorent ainsi divers scénarios, dans lesquels ces deux paramètres varient, pour tenter de prévoir la trajectoire de l’épidémie à l’automne.
Une équipe de l’Université d’État d’Arizona s’est ainsi intéressée à la proportion de personnes vaccinées nécessaire pour atteindre l’immunité de groupe – et donc limiter la circulation du virus –, en prenant en compte l’arrivée de nouveaux variants plus transmissibles.
Leur modèle suggère qu’un nouveau variant pourrait causer une reprise épidémique aux États-Unis si la couverture vaccinale est faible (inférieure à 50%), si le variant est deux fois plus transmissible que la souche initiale (ce qui est le cas du Delta) ou si les vaccins offrent une faible protection (moins de 70%) contre ledit variant.
À l’inverse, un variant ne causera pas de nouvelle vague s’il est modérément transmissible (1,5 fois plus), si 66% de la population est doublement vaccinée et si les vaccins utilisés aux États-Unis offrent une protection convenable.
En l’état actuel des choses, si le variant Delta ne prend pas le dessus, les chercheurs estiment que l’immunité de groupe serait atteinte si 61% de la population est pleinement vaccinée. Pour rappel, fin juin, seulement le quart de la population québécoise était pleinement vaccinée, contre plus de 30% en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario.
Cette estimation est toutefois encourageante, les spéculations sur les taux à atteindre pour l’immunité de groupe tournant plutôt autour de 75%, voire plus, dans d’autres modèles. « Nous avons mis au point un modèle plus complet, avec des données récentes, qui intègre beaucoup de caractéristiques réalistes de la pandémie de COVID-19, ainsi que les propriétés préventives désormais bien connues des divers vaccins. Je pense que cela rend notre modèle plus raisonnable que certaines estimations précédentes. Cependant, nous avons simplifié en considérant que l’infection confère une immunité permanente – et donc empêche les réinfections, ce qui peut sous-estimer un peu le palier d’immunité de groupe », explique Abba Gumel, professeur de mathématiques à l’Université d’État d’Arizona.
Quant au variant Delta, « il peut en effet rendre l’immunité de groupe plus difficile à atteindre. Le palier d’immunité collective pourrait grimper autour de 78-84%, selon des simulations complémentaires prenant en compte un variant jusqu’à deux fois plus transmissible », ajoute Abba Gumel. Il précise qu’on devra donc vacciner plus de personnes et continuer d’appliquer des mesures sanitaires, comme le port du masque. « Mais les vaccins, notamment ceux de Pfizer et de Moderna, offrent une protection croisée efficace contre ce variant. En d’autres termes, les personnes pleinement vaccinées sont très peu susceptibles d’être infectées par le nouveau variant, et ont des risques très faibles de développer une forme sévère. Si plus de 60% des gens se font vacciner, cela diminuera très fortement la transmission communautaire, c’est-à-dire la réplication du virus dans la population. En faisant cela, on réduira également grandement le risque de voir émerger de nouveaux variants plus transmissibles et plus virulents », ajoute le chercheur.
La population non vaccinée peut « nourrir » l’épidémie
De son côté, une équipe française de l’Institut Pasteur a essayé de mieux comprendre l’épidémiologie du virus dans une population partiellement vaccinée. Les chercheurs ont modélisé la propagation du virus en se basant sur une couverture vaccinale de respectivement 30%, 70% et 90% chez les 12-17 ans, 18-59 ans et les plus de 60 ans, un scénario atteignable à la fin de l’été.
Résultat? Avec un taux de reproduction de 4 pour le variant Delta dominant (qui signifie qu’une personne infectée en contamine en moyenne 4 autres), un nouveau « pic d’hospitalisations similaire au pic de l’automne 2020 pourrait être observé en l’absence de mesures de contrôle », préviennent les chercheurs.
L’équipe a fixé le taux de reproduction à 4, ce qui semble plausible dans un contexte où les mesures sanitaires sont relâchées, explique l’un des auteurs, Simon Cauchemez, directeur de l’Unité de modélisations mathématiques des maladies infectieuses à l’Institut Pasteur.
Les auteurs rappellent que les adultes non vaccinés contribuent de façon importante à la pression sur l’hôpital. « Les personnes non vaccinées contribuent à la transmission de façon disproportionnée : une personne non vaccinée a 12 fois plus de risques de transmettre le SRAS-CoV-2 qu’une personne vaccinée », écrivent-ils. « Dans notre scénario de référence, les personnes non vaccinées de plus de 60 ans représentent 3% de la population mais 35% des hospitalisations ».
Le modèle souligne également l’importance de la vaccination des jeunes. « Dans un contexte où la plupart des adultes sont vaccinés mais où la couverture vaccinale reste faible parmi les enfants de 0 à 17 ans, nous nous attendons à ce que 46% des infections surviennent dans ce groupe d’âge, même s’il ne représente que 22% de la population [en France] et que les enfants sont moins vulnérables à l’infection par le SRAS-CoV-2 que les adultes. » S’il y a un rebond épidémique cet automne, des mesures strictes de contrôle dans les écoles pourraient donc être de nouveau nécessaires pour réduire le risque de tensions hospitalières, jugent-ils.
Quelle que soit l’étude, tous les paramètres pointent donc vers la même conclusion : plus la population sera vaccinée, moins les risques de nouvelle vague seront élevés. Il n’y a plus qu’à mettre les bouchées doubles pendant l’été, pour avoir un automne plus serein.