Image: Cdd20/Pixabay
Après avoir été considéré comme une maladie psychologique pendant des décennies, le syndrome de la fatigue chronique entre dans l’univers de la médecine de précision.
Un parcours du combattant. C’est la façon dont les personnes atteintes d’encéphalomyélite myalgique (EM), une maladie mieux connue sous le nom de syndrome de la fatigue chronique, qualifient les démarches pour recevoir un diagnostic.
Pour les personnes atteintes, un geste de trop peut déclencher un état d’épuisement physique et mental duquel il est très difficile de récupérer. Malgré ces symptômes, la maladie ne peut être diagnostiquée que par élimination, après que toutes les autres causes possibles aient été écartées.
Or cela pourrait bientôt changer grâce aux efforts de l’équipe d’Alain Moreau, chercheur au CHU Ste-Justine, qui vient de développer le premier test moléculaire permettant de diagnostiquer et classifier la maladie.
Leur cible? Des microARN, de petites molécules capables d’influer sur l’expression des gènes et dont les variations ont déjà été impliquées dans plusieurs maladies auto-immunes et neurologiques.
Développer une liste de microARN candidats n’est toutefois pas une mince affaire. L’EM est une maladie dont les symptômes varient énormément d’un patient à l’autre. Il existe toutefois un point commun: un sentiment d’épuisement extrême qui survient après une activité physique. Les formes les plus sévères peuvent confiner une personne à son lit et transformer des gestes aussi simples que prendre une douche en une véritable épreuve.
Pour recréer ce malaise de manière sécuritaire, l’équipe d’Alain Moreau a utilisé un brassard gonflable normalement employé pour des massages thérapeutiques. Soumettre le muscle du bras aux contractions mécaniques de ce brassard durant 90 minutes suffit à déclencher ce malaise chez des participants atteint d’EM (le test a aussi été effectué auprès d’un groupe contrôle). Des prises de sang à différents moments permettent ensuite d’analyser tout changement dans l’expression des microARN.
Les microARN anormalement exprimées avaient plusieurs cibles : le système immunitaire, l’inflammation, et même l’effort physique. « Nous avons observé des changements qu’on voit normalement dans le sang d’athlètes de pointe après un triathlon de type Ironman. Sauf qu’ici, on les détecte chez des personnes assises pendant qu’elles se font masser», confie Alain Moreau.
En comparant les échantillons de personnes atteintes d’EM à ceux provenant de personnes saines, les chercheurs ont pu développer un test dont l’efficacité diagnostique rejoignait les 90% dans des essais à l’aveugle.
Combiné à un algorithme informatique, ce test peut classifier les patients en différentes catégories selon les changements observés dans l’expression de leur microARN.
Cela pourrait non seulement simplifier la recherche en regroupant des cas semblables, mais permettrait aussi de sélectionner les personnes ayant de meilleures chances de répondre à différentes thérapies.
Voilà un développement d’autant plus important que certains craignent une vague de nouveaux cas d’encéphalomyélite myalgique en lien avec la pandémie actuelle. En effet, une infection virale, telle que la grippe, le virus Epstein-Barr et même la COVID-19, serait l’élément déclencheur de la maladie dans 70% des cas.
Bien qu’il reste de nombreuses incertitudes entourant cette maladie, le professeur Moreau se veut rassurant « Avec ce test, l’EM entre aujourd’hui dans le monde de la médecine de précision, affirme le chercheur. Cette meilleure reconnaissance pourra accélérer la recherche au point où, d’ici 5 ans, on pourrait non seulement voir plusieurs thérapies pour atténuer cette maladie, mais aussi espérer pouvoir guérir certains cas, ce qui était impensable il y a quelques années de cela. »