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Mise à jour 4 juin 2020: trois des auteurs de la publication du Lancet ont demandé la rétractation de l’article, faute d’avoir accès aux données brutes de la firme Surgisphere.
L’hydroxychloroquine n’est pas le traitement miraculeux que beaucoup espéraient. Une étude d’envergure, publiée dans The Lancet, jette un doute sérieux sur l’efficacité de ce médicament, associé ou non à un antibiotique, contre la COVID-19.
L’étude observationnelle, qui a été menée sur les données de 96 000 patients hospitalisés dans 671 hôpitaux (principalement en Europe et en Amérique du Nord), est loin d’être encourageante.
Elle conclut même que la chloroquine et l’hydroxychloroquine, administrées ou non avec un antibiotique de la famille des macrolides (comme l’azithromycine), semblent associées à un risque accru d’arythmie cardiaque et de mortalité (pour cette dernière, une augmentation de 33 à 45% est notée) par rapport au groupe témoin.
Bien qu’il ne s’agisse pas des résultats d’un essai clinique randomisé, une chose est claire : si le bénéfice de ces traitements avait été flagrant, il aurait été mis en évidence par les analyses statistiques. Ces médicaments habituellement utilisés contre le paludisme sont donc au mieux décevants, au pire dangereux dans le contexte de la COVID-19.
« C’est la première étude à grande échelle qui fournit des preuves statistiquement solides du fait que le traitement par la chloroquine ou l’hydroxychloroquine n’est pas bénéfique pour les patients atteints de COVID-19. Nos conclusions suggèrent plutôt qu’il pourrait être associé à un risque accru de problèmes cardiaques graves et à un risque accru de décès. Des essais cliniques randomisés sont essentiels pour confirmer tout effet délétère ou bénéfique associé à ces agents. En attendant, nous estimons que ces médicaments ne devraient pas être utilisés pour traiter la COVID-19 en dehors des essais cliniques », a déclaré dans un communiqué le Dr Mandeep Mehra, auteur principal de l’étude publiée le 22 mai et directeur du Brigham and Women’s Hospital Center for Advanced Heart Disease à Boston.
À la suite de cette publication, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré, le 25 mai, que l’administration d’hydroxychloroquine aux patients recrutés dans le vaste essai clinique Solidarity (qui évalue en ce moment 4 médicaments, dont l’antipaludéen), serait temporairement suspendue pour garantir la sécurité des participants.
Les responsables de l’essai clinique Solidarity vont rapidement évaluer les premières données concernant les potentiels effets délétères du traitement par hydroxychloroquine, a assuré le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal et professeur de médecine à l’Université de Montréal, rappelle: «L’hydroxychloroquine ne devrait pas être utilisée contre la COVID-19 en dehors d’une étude clinique.»
L’étude du Lancet et la décision de l’OMS ont été vivement critiquées par les « partisans » du traitement plébiscité par le professeur Didier Raoult et le président des États-Unis, Donald Trump, entre autres.
Certes, l’étude présente plusieurs limites, très bien décrites par ses auteurs (la principale étant qu’il ne s’agit pas d’un essai contre placebo), et ne permet pas d’écarter de façon catégorique cette stratégie thérapeutique.
Elle est toutefois suffisamment inquiétante pour justifier la mise en place de précautions visant à protéger les patients, en particulier ceux qui sont admis à l’hôpital et sont déjà affaiblis par la maladie.
« La propension à l’arythmie [provoquée par l’hydroxychloroquine] est plus grande chez les individus souffrant d’une maladie cardiovasculaire structurale, et des lésions cardiaques sont fréquemment observées chez les personnes atteintes de COVID-19 », notent les auteurs. De plus, les individus ayant une maladie cardiaque préexistante sont particulièrement vulnérables face au nouveau coronavirus, et les risques du médicament pourraient être exacerbés chez eux.
L’absence d’effet positif de l’hydroxychloroquine a par ailleurs été observé dans d’autres études préliminaires, dont l’une publiée dans le NEJM auprès de 1300 patients new-yorkais. Aucune réduction du taux d’intubation ou de la mortalité n’a été observée dans le groupe traité.
L’étude dans les grandes lignes
L’étude a analysé des données d’environ 15 000 patients atteints de la COVID-19 et traités par l’une des combinaisons décrites ci-dessous, entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020. Elle a comparé ces données à celles d’environ 81 000 témoins n’ayant pas reçu de traitement spécifique.
Comme il s’agit d’une étude observationnelle, les auteurs ont corrigé les données pour essayer d’avoir des groupes homogènes en ce qui concerne l’âge, le sexe, l’origine ethnique, le poids, les facteurs de risque, la gravité des symptômes, etc. Certaines différences inévitables sont observées entre les groupes (le groupe traité ayant des facteurs de risque légèrement plus importants que le groupe contrôle), mais elles ne sont pas suffisamment significatives pour fausser les données, selon les auteurs.

Les patients ayant débuté le traitement plus de 48 heures après leur admission à l’hôpital ont été exclus de l’analyse, tout comme ceux qui ont reçu les traitements alors qu’ils étaient sous ventilateur ou qui ont également reçu des antiviraux comme le remdesivir.
On s’est donc concentrés sur des cas pas trop sévères traités plutôt précocement.
Les résultats en bref
- Mortalité dans le groupe contrôle (sans traitement) : 9,3%
- Mortalité dans le groupe recevant de la chloroquine: 16,4%
- Mortalité dans le groupe chloroquine + macrolide : 22,2%
- Mortalité dans le groupe hydroxychloroquine : 18%
- Mortalité dans le groupe hydroxychloroquine + macrolide : 23,8%
Après ajustement, l’augmentation de mortalité pour les groupes avec traitement varie de 33% à 45%.
Les patients traités par l’un ou l’autre de ces 4 régimes thérapeutiques ont présenté des arythmies cardiaques dans une proportion variant de 4,3% à 8,1%, contre 0,3% dans le groupe contrôle.
« Les résultats ne sont clairement pas bons, quel que soit le groupe traité (…). Les arythmies ne sont pas surprenantes, car ce sont des effets secondaires bien connus de chacun de ces médicaments, et bien qu’elles ne soient pas très fréquentes, le fait qu’elles augmentent de 2,5 à 5 fois sous traitement est très préoccupant », a commenté Stephen Evans, professeur de pharmaco-épidémiologie à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.
Mise à jour 29 mai:
Plusieurs problèmes méthodologiques et statistiques ont été soulevés après la publication de l’étude du Lancet.
Une lettre signée par une centaine de chercheurs et médecins demande des éclaircissements aux auteurs de l’étude, notamment sur la base de données utilisée et sur leurs modes de calcul.
Québec Science va suivre le dossier de près et vous tiendra informés de l’évolution des recherches.