Des professeurs de partout dans le monde, dont le Québec, offrent un espace dans leur laboratoire pour accueillir les chercheurs rabroués aux frontières américaines, sur la Science Solidarity List.
Le décret migratoire du président Donald Trump, entré en vigueur le 27 janvier et valide d’abord pour 90 jours, limite l’entrée aux ressortissants du Yémen, de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, de la Somalie et du Soudan.
Il n’est pas clair si les étudiants ou travailleurs munis d’un visa sont touchés; l’administration a fourni des réponses contradictoires à cette question.
Ainsi, un étudiant au doctorat ou un chercheur postdoctoral dans une institution américaine et provenant d’un de ces pays pourrait se voir refuser l’entrée aux États-Unis lors de son retour après un congrès scientifique ou des vacances à l’étranger, par exemple. «C’est dommage, car le fruit des travaux de recherche circule de façon libre partout dans le monde, mais les chercheurs, eux, ne peuvent pas se déplacer», commente Christian Landry, professeur à l’Université Laval et chercheur en génomique évolutive.
«J’ai fait mon doctorat aux États-Unis et je comprends combien c’est important d’y revenir. Les gens ont non seulement du travail qui les attend, mais aussi des maisons, des conjoints, des enfants, des chiens!» Surtout, les États-Unis se privent de «grands talents».
Un chercheur dans son laboratoire, Luca Freschi, est directement touché par la mesure. Il s’apprêtait à déménager aux États-Unis, en mars, pour accomplir un postdoctorat à la Harvard Medicine School. Il est d’origine italienne, son entrée n’est donc pas compromise… mais sa femme est iranienne. «Il doit décider s’il y va pour commencer sans elle, ou pas», raconte M. Landry.
L’histoire de Luca Freschi a été décrite dans un article sur le site web de la revue scientifique Nature.
Les chercheurs qui voyagent le plus sont souvent les étudiants au doctorant et les chercheurs postdoctoraux, explique Timothée Poisot, professeur en écologie quantitative et computationnelle à l’Université de Montréal, qui figure aussi sur la Science Solidarity List. «Ils sont déjà en situation de précarité et toute interruption dans leur carrière peut avoir un impact sur la possibilité de trouver un emploi après.»
D’autres chercheurs de l’Université Laval, de l’Université de Montréal et de l’Université McGill ont aussi offert des espaces de bureau ou de laboratoire pour tout chercheur étranger incapable de rentrer aux États-Unis.