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Santé

Vaccins: les questions qui vont se poser dans les prochains mois

09-12-2020

Image: Shutterstock

L’approbation du vaccin de Pfizer par Santé Canada lance officiellement le bal des vaccinations au pays. De nombreuses questions demeurent et feront l’objet de recherches ces prochains mois.

Lors d’un webinaire organisé le 9 décembre par le Massachusetts Consortium on Pathogen Readiness de l’École de médecine de Harvard sur les vaccins contre la COVID-19, des experts ont fait le tour des questions qui restent à élucider autour de l’efficacité et de la sécurité des vaccins.

« La distribution des vaccins et la surveillance des personnes vaccinées sera un défi aussi important que le développement des vaccins lui-même », a indiqué Margaret Hamburg, experte en santé publique et ancienne commissaire de la Food and Drug Administration américaine (l’équivalent de Santé Canada).

Faut-il vacciner le groupe placebo?

D’importantes questions devront être tranchées par les autorités sanitaires américaines dans les prochains jours, notamment au sujet des groupes de patients ayant reçu le placebo (une injection de solution saline) lors des essais cliniques de phase 3 des vaccins de Pfizer et de Moderna.

« Pfizer souhaite offrir la vaccination aux personnes du groupe placebo », a déclaré Robert Finberg, l’un des investigateurs (et des volontaires) de cet essai clinique à l’Université du Massachusetts.

« C’est une question qui est très débattue, car beaucoup de chercheurs souhaitent continuer à suivre le groupe placebo pour en apprendre davantage sur la durée de l’immunité. En même temps, il y a une obligation morale de protéger les gens qui pourraient être à risque de symptômes graves. Ce sont des discussions difficiles », a affirmé Margaret Hamburg. D’autres questions demeurent, selon elle : est-ce que ces vaccins fonctionnent chez les personnes immunodéprimées, les femmes enceintes? Et quelle est la durée de protection? Quant aux enfants, des essais cliniques sont d’ores et déjà envisagés, sachant qu’il faudra d’abord déterminer la dose adéquate et s’assurer, dans des essais de phase 1 et 2, que le vaccin est sécuritaire chez eux.

Suivre les effets indésirables

Les experts se sont montrés rassurants sur l’innocuité des vaccins testés, soulignant qu’aucune complication grave n’avait pour l’instant été rapportée.

Après le premier jour de vaccination du public au Royaume-Uni, deux personnes sujettes aux allergies sévères ont toutefois rapporté des effets secondaires marqués (dont on ignore pour l’instant les détails, mais a priori d’ordre allergique), conduisant le gouvernement britannique à déconseiller le vaccin aux personnes allergiques.

« C’est quelque chose que nous prenons très au sérieux, et qu’il faut qu’on surveille de près », a commenté Robert Finberg, précisant qu’aucun cas similaire n’avait encore été observé aux États-Unis.

« Ce qui est sûr, c’est que ce vaccin est très réactogène [il provoque une forte réaction locale]. Dans les 24 à 48 heures qui suivent l’injection, la moitié des personnes rapportent des rougeurs, des douleurs, des maux de tête, a rappelé Margaret Hamburg. La FDA a toutefois exigé qu’il y ait deux mois de recul avant d’approuver le vaccin car on sait, de par notre expérience passée, que c’est dans cette période que surviennent la plupart des problèmes en lien avec la sécurité des vaccins. Et les choses sont rassurantes. »

Elle précise qu’une surveillance d’environ deux ans va être assurée par les compagnies pharmaceutiques et les autorités de santé. Elle tient à avertir la population : « beaucoup de personnes vont recevoir ces vaccins. Dans la foulée, il va y avoir des crises d’épilepsie, des chocs anaphylactiques, des fausses couches, toutes ces choses qui arrivent tout le temps et qui vont continuer à survenir. On peut être sûrs que la presse et les citoyens vont rapporter ces cas, et que des associations trop rapides vont être faites avec les vaccins. Or, il faut vraiment un suivi sérieux pour pouvoir déceler les complications qui seront potentiellement réellement en lien avec les vaccins. »

Que faut-il espérer des autres vaccins en essai?

Il est clair que les vaccins de Pfizer et de Moderna apportent leur lot de défis logistiques: conservés à des temperatures très basses (-70 degrés Celsius pour celui de Pfizer), ils doivent être administrés en deux doses. Leur prix n’est pas encore connu, mais « il est important de continuer à développer les autres vaccins car certains d’entre eux seront peut-être plus appropriés pour certaines populations, et parce que deux fabricants ne suffiront pas à fournir assez de doses », a souligné Bruce Walker, professeur de médecine à l’École de médecine de Harvard et fondateur de l’Institut Ragon, qui se consacre à la recherche d’un vaccin contre le VIH, entre autres.

« De plus, il est possible que ces premiers vaccins ne permettent pas de prévenir les infections asymptomatiques, pour l’instant nous ne le savons pas. Je pense que le vaccin de Janssen, qui utilise un vecteur viral et dont les résultats d’efficacité seront connus en janvier, peut changer la donne car il se donne en une seule dose. Ce serait beaucoup plus simple », a-t-il ajouté.

Bref, tout est loin d’être joué, et les prochaines semaines pourront être décisives pour l’organisation des campagnes de vaccination en 2021.

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