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Santé

Perte d’odorat liée à la COVID-19: un signe à ne pas négliger

03-07-2020

Photo: Sean Benesh/Unsplash

De tous les symptômes de la COVID-19, la perte d’odorat est l’un de ceux qui a fait le plus parler de lui. Initialement considéré comme une curiosité médicale, ce dernier semble maintenant être un indicateur fiable de la maladie et serait même d’un grand intérêt diagnostique.

Dès les premières semaines de la pandémie, plusieurs médecins travaillant au cœur des villes les plus touchées ont constaté que la perte d’odorat ou anosmie, soudaine et complète, était fréquente chez les personnes ayant contracté le coronavirus.

Depuis, diverses études ont été faites sur le sujet, ce symptôme étant l’un des plus courants et parfois même un des seuls ressentis par une personne infectée. Une revue systématique publiée en mai (et portant sur 1627 patients COVID) a trouvé qu’environ la moitié d’entre eux présentaient ce symptôme.

Au Québec, une étude menée sur 134 patients du CIUSSS de l’Estrie par le Dr Alex Carignan, du centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke, a aussi montré que ce symptôme était présent dans jusqu’à 65% des cas.

Selon la même étude, chez des patients témoins souffrant d’infections respiratoires et n’étant pas infectés par le virus SARS-CoV-2, cette perte d’odorat n’était rapportée que dans 4,5% des cas. Le phénomène était donc spécifique à ce virus.

« On a mis du temps à déceler ce symptôme, explique le Dr Leigh Sowerby, professeur associé au département d’otorhinolaryngologie de l’université Western Ontario. Alors que le virus se propageait, notre crainte immédiate était le fait que les patients hospitalisés allaient peut-être mourir. La perte de l’odorat était le dernier de nos soucis. »

« Les chercheurs qui s’y sont intéressés ont non seulement trouvé que l’anosmie était particulièrement répandue, mais même qu’elle était un des symptômes qui corrélait le plus avec une probabilité de tester positif pour le virus, encore plus que la fièvre ou la toux. Aujourd’hui, si un patient se présente à l’urgence avec une anosmie, dans 7 cas sur 10 il testera positif pour la COVID-19 », ajoute le médecin.

Nez bouché, inflammé, ou endommagé?

L’anosmie est pourtant observée dans plusieurs maladies respiratoires, mais est en général causée par la production de mucus qui bloque les récepteurs olfactifs. Avec le SARS-CoV-2, en revanche, la production de mucus ne semble pas être en cause, et une perte du goût (dysgueusie) est souvent présente. Pour certains chercheurs, cela suggère une atteinte cérébrale, plutôt qu’uniquement locale. La majorité des personnes atteintes retrouvent toutefois l’odorat dans les deux semaines suivant l’infection, bien que dans de rares cas, l’anosmie persiste quelques semaines.

Si la perte d’odorat n’est pas liée à un « nez bouché », comme c’est le cas dans certains rhumes, comment expliquer cet effet soudain? Beaucoup d’études sur le sujet sont encore en processus de révision, mais on commence à avoir une image plus claire de la situation.

Tout d’abord, plusieurs cellules présentes dans le nez possèdent le récepteur ACE2, que le virus utilise pour y entrer et s’y multiplier. Parmi celles qui l’expriment le plus, on retrouve les cellules qui composent l’épithélium olfactif, une muqueuse dont le rôle est de soutenir les neurones sensitifs responsables de capter les odeurs et les signaler au cerveau.

Certaines études suggèrent que l’infection de cet épithélium par le virus SARS-CoV-2 altère la fonction des récepteurs olfactifs, coupant ainsi l’odorat chez les malades.

« Les neurones sensitifs eux-mêmes n’expriment pas ou peu le récepteur ACE2 explique le Dr Sowerby. Cela suggère que la perte d’odorat ne vient pas de la destruction de ces neurones, mais bien d’une fonction altérée. De plus si les dommages étaient vraiment neurologiques, il faudrait beaucoup de temps pour que les patients récupèrent l’odorat. Or, jusqu’à maintenant, le sens olfactif revient aussi rapidement qu’il est parti dans la majorité des cas. »

Le médecin estime que, pour éviter le retour en force de la maladie, on a tout intérêt à prêter attention à ce symptôme. « Les symptômes initiaux qu’on reliait à cette maladie, comme la toux et la fièvre, ne sont vraiment pas assez précis, tandis que la perte d’odorat n’a pas été assez prise au sérieux. On a beaucoup parlé des dangers des personnes asymptomatiques lors de cette pandémie, mais peut être qu’on ne cherchait simplement pas les bons symptômes. Plusieurs personnes ont manqué des jours de travail pour une fièvre, mais ne se sont pas souciées d’une anosmie soudaine. De plus, ce symptôme semble toucher plus souvent les personnes jeunes avec un pronostic favorable. Cela a donc probablement contribué à la propagation de la maladie. »

Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.

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