Publicité
Santé

Inquiétude face aux implants Essure

20-12-2016

Photo: Bayer pharmaceuticals

La méthode de contraception Essure soulève des questionnements quant à son innocuité.

Douleurs pelviennes, épuisement, dépression, maux de tête, perte de cheveux : ces effets secondaires pourraient être dûs à une méthode contraceptive définitive qui soulève de plus en plus d’inquiétudes.

Son nom? Essure®, des laboratoires Bayer. Il s’agit de micro-implants (en forme de ressorts) que l’on place dans les trompes de Fallope, afin de les boucher et d’empêcher toute fécondation.

Commercialisés au Canada depuis 2002, les implants Essure ont l’avantage de pouvoir être placés sans anesthésie, via la cavité utérine (sans chirurgie). Une fois en place, ils déclenchent la formation de tissu cicatriciel (fibrose) qui obstrue complètement les trompes en quelques semaines, permettant une stérilisation définitive, comme la ligature des trompes.

La sécurité en question

Le hic, c’est que de plus en plus de femmes se plaignent de douleurs intenses, voire handicapantes, survenant après la pose d’Essure. Le magazine français Causette y consacrait un reportage en novembre. En France, une plainte a d’ailleurs été déposée le 9 décembre contre le fabricant.

Aux États-Unis, un millier de femmes ont aussi porté plainte contre les laboratoires Bayer et au Canada, un recours collectif a été déposé en octobre 2015 par une centaine de femmes, comme le rapporte le Toronto star.

Alertée, la Food and Drug Administration (FDA) a demandé il y a quelques mois à Bayer de conduire une étude de surveillance après mise sur le marché, pour mieux évaluer les risques liés à ces implants. Santé Canada a elle aussi effectué un examen de l’innocuité du produit, publié en mai 2016.

Sa conclusion: « Santé Canada a recommandé une surveillance accrue de l’innocuité du dispositif Essure et collaborera avec le fabricant à la publication d’une communication sur les risques visant à clarifier l’information sur le dispositif» et travaillera « en vue d’améliorer l’étiquetage du dispositif Essure en ce qui concerne ces problèmes d’innocuité. »

Contacté par Québec Science, l’organisme a confirmé qu’il avait « commencé à travailler avec Bayer pour mettre à jour l’information sur le dispositif Essure. La compagnie devait fournir sa proposition de nouvel étiquetage le 18 décembre 2016. En attendant, Santé Canada a surveillé les données concernant la sécurité d’Essure, et va continuer à le faire, et n’hésitera pas à prendre des mesures appropriées si un nouveau risque pour la santé est identifié. »

D’où vient le problème?

Le lien entre les effets secondaires rapportés par les femmes et la présence des implants est difficile à établir. Beaucoup de ces effets sont assez généraux et peuvent avoir des causes diverses, et les données scientifiques restent insuffisantes.

Cela étant, l’implant Essure (qui mesure 4 cm pour un diamètre de 1,8 mm, avec 24 spires) est composé de fibres de polyéthylène et d’un alliage nickel-titane, lequel pourrait causer des allergies, ou une réaction inflammatoire locale chez certaines femmes.

Certaines complications pourraient aussi êtres causées par un défaut dans la pose (qui nécessite une certaine compétence) ou le mauvais positionnement des implants. Enfin, dans des rares cas, les implants pourraient migrer et perforer les organes alentour.

Combien de femmes concernées?

Du côté de Bayer, on assure que « la sécurité des patients et l’utilisation appropriée d’Essure est notre plus grande priorité » et « qu’aucune forme de contraception n’est dénuée de risque ou appropriée pour toutes les femmes »… L’entreprise a toutefois refusé de nous communiquer le nombre de femmes qui utilisent ce mode de contraception au pays.

Santé Canada précise que « plus de 8 000 unités d’Essure ont été vendues de 2002 à 2014 au Canada. Ce nombre représente environ 1 % des unités vendues à l’échelle mondiale au cours de cette même période. »

Au moment de l’examen d’innocuité, Santé Canada avait reçu 18 rapports relatifs au dispositif Essure, dont la moitié en 2015 seulement. « Les plaintes les plus fréquentes concernaient, dans l’ordre, la douleur, les changements dans les saignements menstruels et les réactions allergiques (réactions immunitaires ou hypersensibilité). Dans au moins 10 de ces 18 rapports, on mentionnait le retrait du dispositif par chirurgie comme traitement pour ces complications. »

Or le retrait des implants n’est pas simple : il nécessite l’ablation des trompes voire, bien souvent, de l’utérus au complet. Des conséquences rares, mais loin d’être négligeables.

 

Publicité

À lire aussi

Santé

À quoi sert l’orthodontie?

Les traitements orthodontiques sont longs, coûteux et parfois douloureux. Améliorent-ils réellement la santé et l’apparence ?
Raphaëlle Derome 29-05-2023
Santé

Éjaculation féminine et autres secrets anatomiques: la science s’y intéresse enfin

L’éjaculation féminine n’est pas une fabulation de la pornographie, encore moins un mythe. Mais comme tout ce qui touche à l’anatomie féminine, elle a longtemps été délaissée par la recherche. Quelques scien­­tifiques pionniers ont levé le voile sur ce mystère et ils ont amorcé, avec d’autres, une grande révision des livres d’anatomie.
Marine Corniou 18-05-2023
EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC
Santé

Le sommeil, un enjeu de santé publique

Et si les inégalités sociales se manifestaient jusque sur l’oreiller ? C’est la conclusion vers laquelle pointent les travaux de recherche de Guido Simonelli.
Maxime Bilodeau 18-05-2023
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x