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Santé

Ebola gagne la ville de Goma en République démocratique du Congo

31-07-2019

La ville de Goma, dans la province du Nord Kivu. Photo: MONUSCO / Abel Kavanagh

Les autorités congolaises sont sur le qui-vive. Un deuxième homme est mort de la fièvre hémorragique à virus Ebola dans la ville de Goma. De quoi inquiéter: la ville compte deux millions d’habitants, ce qui augmente le potentiel de contamination par rapport aux régions rurales où le virus a été décelé jusqu’à présent.

Selon le dernier rapport de cas publié en République démocratique du Congo (RDC) fin juillet, l’épidémie qui sévit depuis un an dans ce pays a déjà fait 2674 cas et causé 1790 décès.

La détection du premier cas à Goma a poussé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à déclarer le 17 juillet dernier l’urgence sanitaire mondiale. La période d’incubation, qui peut durer jusqu’à 21 jours, laisse craindre le pire. Ce deuxième cas n’aurait a priori pas de lien avec le premier. Combien de personnes ces deux patients ont-ils pu contaminer?

Une lutte très complexe

L’épidémie d’Ebola touche actuellement deux provinces congolaises: le Nord Kivu et l’Ituri. Ces régions sont déchirées par des conflits armés, qui compliquent énormément les interventions sur le terrain.

De plus, la population locale est très méfiante et influencée par de nombreuses rumeurs, qui laissent croire que l’épidémie n’est pas réelle, qu’elle est une invention des organisations humanitaires ou du gouvernement. Plusieurs centres de traitement et personnels de la santé ont été attaqués au cours des derniers mois.

Pour en savoir plus sur la méfiance des populations, lire ici.

Cependant, il existe un vaccin efficace, le VSV-ZEBOV, qui a été administré au total à plus de 200 000 personnes, et quatre traitements expérimentaux sont testés sur le terrain. La stratégie actuelle est de vacciner les personnes ayant eu des contacts avec des personnes infectées ainsi que «les contacts de ces contacts», indique l’OMS.

Mais il est difficile de retracer tous ces individus, d’organiser le suivi des personnes vaccinées, de respecter la chaîne du froid nécessaire à la conservation du vaccin, et de gagner la confiance des personnes à risque qui devraient être vaccinées, expliquait début juillet à Québec Science Claire-Anne Siegrist, qui dirige le Centre collaborateur de l’OMS pour l’immunologie vaccinale et le Centre de vaccinologie des Hôpitaux Universitaires de Genève.

Pour en savoir plus sur la complexité de la riposte, lire ici.

Organisation perturbée

Pour ajouter au chaos, le ministre de la Santé, Oly Ilunga, a démissionné de son poste le 22 juillet pour protester contre la décision du président de gérer lui-même la crise. Il dénonce dans une lettre des « pressions de toutes parts » et « la mise en place d’un système parallèle qui ne renforce jamais le système existant » ; il dénonce aussi « des acteurs qui ont fait preuve d’un manque d’éthique manifeste en cachant volontairement des informations importantes aux autorités sanitaires », rapporte Le Monde.

Selon lui, des groupes feraient notamment pression pour imposer un autre vaccin expérimental, celui de la compagnie pharmaceutique Johnson & Johnson. Des discussions sont en effet en cours pour lancer un essai clinique en RDC, mais il s’administre en deux doses, explique Claire-Anne Siegrist, ce qui semble assez irréaliste dans un tel contexte.

Notons que la situation est, depuis quelques jours, un peu plus difficile à suivre car l’équipe d’Oly Ilunga produisait un rapport quotidien sur le nombre de cas, dont l’envoi est pour l’instant interrompu.

 

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