Le Canada impose une quarantaine obligatoire de 14 jours à tous les voyageurs qui mettent le pied au pays. Des expériences sont en cours pour éventuellement assouplir cette mesure.
Alors que le trafic aérien a diminué de près de 70% cette année par rapport à 2019, l’Association internationale du transport aérien pousse les gouvernements à opter pour des solutions moins contraignantes que les quarantaines obligatoires, comme des tests systématiques à l’aéroport.
C’est d’ailleurs l’objectif d’un projet-pilote mené en Alberta: en testant les voyageurs à la frontière ou à l’aéroport, la province souhaite évaluer la possibilité de réduire la période d’isolement de 14 jours à 48 heures, le temps pour les arrivants de recevoir les résultats du test.
Air Canada et WestJet, en association avec l’aéroport de Toronto, mènent des expériences similaires pour convaincre le gouvernement fédéral d’assouplir les mesures. Leur étude, lancée début septembre avec le McMaster HealthLabs, vient de recevoir un coup de pouce du ministre fédéral de la Santé de 2,5 millions de dollars pour accroître le nombre de participants et recruter environ 17 000 voyageurs internationaux arrivant à l’aéroport Pearson de Toronto.
Le but de cette Étude internationale du Canada sur la surveillance des frontières pour lutter contre la COVID-19 est de faire passer aux volontaires 3 tests de dépistage durant leurs 14 jours de quarantaine (un à l’arrivée, puis un au bout de 7 jours et le dernier à 14 jours par auto-prélèvement) pour évaluer le risque de transmission du virus.
Si l’équipe prévoit partager ses premiers résultats mi-novembre, des résultats préliminaires rassemblant 13 000 tests révèlent que 99% des voyageurs étaient négatifs à la COVID-19. Parmi le petit pourcentage de cas positifs (moins de 1%), plus de 80% ont été détectés lors du test initial et le reste lors du test effectué le 7e jour, d’après un communiqué d’Air Canada publié début octobre. L’équipe du McMaster HealthLabs n’a toutefois pas confirmé ces résultats.

Une participante à l’étude pratique un auto-prélèvement. Photo: Canada HealthLabs
Le Canada parmi les pays les plus sévères
Le Canada a opté pour des mesures strictes par rapport à d’autres pays, qui n’imposent aucun isolement ou seulement une quarantaine de 7 à 10 jours (Belgique, Inde, Norvège…). Le Royaume-Uni, de son côté, explore la possibilité de réduire la quarantaine de 14 à 7 jours grâce à la systématisation des tests.
La France, quant à elle, demande depuis le 30 octobre que toute personne en provenance d’un pays extérieur à l’espace européen présente un résultat négatif à un test de dépistage réalisé moins de 72 heures avant le vol. Pour ceux ne pouvant le justifier, un examen biologique de dépistage du virus sera réalisé à l’arrivée à l’aéroport, mais aucune quarantaine n’est imposée.
« L’Agence de la santé publique du Canada révise continuellement ses recommandations sur la base de la recherche et des nouvelles preuves scientifiques […]. Toutes décisions relatives aux Décrets d’urgence en vertu de la Loi sur la quarantaine, comme l’assouplissement ou non des restrictions, seront basées sur la science mais aussi, et entre autres, sur des questions telles que la situation épidémiologique, tant au pays qu’à l’étranger; les perspectives des provinces et des territoires; et l’état des capacités nationales de santé publique », nous a assuré une porte-parole de l’Agence de la santé publique du Canada, sans en dévoiler davantage.
La quarantaine est-elle efficace?
Pour Emma Persad, co-auteure d’une revue de la collaboration Cochrane sur la quarantaine parue en septembre, se baser sur des données claires pour justifier la quarantaine préventive n’est pas simple. La qualité des preuves montrant l’efficacité de la quarantaine est très faible, pour des raisons méthodologiques, concluait-elle avec ses collègues dans la revue Cochrane. «Cependant, les études observationnelles et de modélisation montrent que la mise en quarantaine des voyageurs a un effet bénéfique si ceux-ci proviennent d’un pays où le taux d’infection est élevé», explique cette chercheuse de l’Université Danube Krem, en Autriche.
«L’idée derrière la durée de 14 jours provient des résultats de la mission menée par la Chine et l’Organisation mondiale de la Santé, qui a conclu que la période d’incubation de la COVID-19 était de 5 à 6 jours, mais pouvait aller jusqu’à 14 jours. Certains pays ont réduit la quarantaine à 10 jours en s’appuyant sur des études montrant que les personnes atteintes de la COVID-19 ne sont plus contagieuses après ce délai», souligne-t-elle.