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Santé

Qu’est-ce qui explique la baisse de létalité de la COVID-19?

23-11-2020

Les soins intensifs de l’hôpital Baton Rouge General – Mid City Photo: U.S. Navy

Alors que le nombre de cas de COVID-19 bat tous les records au Québec, le taux de mortalité chez les personnes atteintes, lui, reste beaucoup moins important que lors de la vague printanière. Les chercheurs en comprendront-ils les causes à temps pour permettre à la tendance de se maintenir?

Depuis le début de l’automne, à travers le déluge quotidien de statistiques entourant la pandémie, un élément semble contredire la gravité de la situation: le taux de létalité, c’est-à-dire la proportion de personnes infectées qui décèdent de la COVID-19.

Bien que le nombre de cas soit en forte augmentation, la létalité de la maladie a diminué de façon fulgurante depuis le printemps dernier : avoisinant initialement les 10%, ce taux a maintenant plongé à près de 1%, selon un rapport de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) paru au début de novembre.

Cet effet dépasse largement les frontières du Québec. Aux États-Unis, pays ayant enregistré le plus de cas de COVID-19, on remarque aussi une baisse importante du taux de létalité de la maladie. Même chose en Angleterre, où, au cours de la même période, ce taux est passé de 40% à 10% chez les personnes aux soins intensifs.

À première vue, cette baisse semble être une excellente nouvelle. Mais avant de se réjouir, il est important de comprendre la cause de ce recul.

Celle-ci reste difficile à cerner, selon Erin Strumpf, professeure au département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill. « Pour comprendre l’évolution d’un taux de mortalité, il faut des informations très précises sur la population qu’on étudie, précision que les données actuelles n’atteignent pas. Présentement, on compare les personnes malades au printemps dernier à celles qui sont malades maintenant. Or ce sont deux groupes de personnes très différentes! Elles n’ont pas le même âge ni le même profil de santé. Même chez les sous-groupes comme les personnes hospitalisées, des différences dans les critères d’admissions pourraient suffire à produire une baisse dans les chiffres qui ne reflète pas vraiment la réalité. »

Effet de dilution?

Cette baisse viendrait-elle d’un effet de dilution? Après tout, beaucoup plus de personnes se soumettent maintenant au test de diagnostic qu’il y a huit mois. Parmi celles-ci, on retrouve beaucoup de cas légers qu’on n’aurait pas remarqués lors de la première vague. Ces personnes plus jeunes qui traverseront la maladie sans complications « diluent » le nombre de cas graves et potentiellement mortels, ce qui diminue leur poids statistique.

Or, en décortiquant les données, on constate que cette baisse recèle plus qu’une simple augmentation du nombre de personnes jeunes ou testées. « On observe cette baisse de la létalité dans toutes les catégories que nous avons évaluées », explique la docteure Rodica Gilca, médecin-conseil à l’INSPQ et une des autrices du rapport paru en novembre dernier. Ainsi, même les plus vulnérables semblent maintenant moins à risque de mourir de la COVID-19 qu’au printemps dernier.

La létalité de la maladie était de 40% chez les personnes en CHSLD entre le mois de février et le mois de juin, informe la Dre Gilca. Entre juillet et septembre, elle était tombée à 24%. Même chose chez les personnes âgées de 60 ans et plus, la tranche d’âge la plus à risque de mourir des suites d’une infection. Chez ces personnes, la létalité était de 27% au printemps dernier et est tombée à 8,7% depuis. Quant aux personnes hospitalisées, bien que la baisse soit moins importante, elle reste non négligeable : 27,8% au printemps dernier contre 17,6% maintenant.

« Ces chiffres laissent croire que la baisse du taux de mortalité chez les personnes atteintes est bien réelle, confirme la biostatisticienne Erin Strumpf, mais ils soulèvent aussi beaucoup de questions. Il serait intéressant d’en comprendre la cause, mais pour l’instant, les données nous limitent à des hypothèses. »

Meilleurs soins

Pour la Dre Gilca, l’une des hypothèses les plus réalistes est aussi une des plus simples : on sait maintenant mieux soigner la COVID-19, ainsi que mieux protéger et isoler les personnes vulnérables.

Une amélioration que confirme le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. « On comprend vraiment mieux comment traiter les patients, explique le médecin. Au début, on procédait à une ventilation invasive très tôt, une pratique qui augmente la vulnérabilité des patients et qui est déjà associée à une certaine mortalité. On est maintenant beaucoup moins intrusifs dans notre approche et on obtient un meilleur taux de survie. »

À cela, il faut ajouter que, bien qu’il n’existe toujours aucun traitement contre la COVID-19, plusieurs médicaments peuvent aider les patients gravement touchés. « Des médicaments comme le Decadron [aussi appelé dexamethasone, un anti-inflammatoire stéroïdien] permettent de diminuer grandement les symptômes, ajoute le Dr Simon. On s’attaque aussi aux risques de formation de caillots avec des médicaments antithrombotiques. En même temps, on a cessé l’utilisation de médicaments inutiles ou même dangereux, comme le remdesevir ou l’hydroxychloroquine. Cet ensemble de mesure peut expliquer la baisse de mortalité observée aux soins intensifs. »

Ces progrès seront-ils toutefois suffisants pour maintenir la létalité à 1% si le nombre de cas continue d’augmenter et que cela venait à engorger le système de santé? Bien qu’il soit impossible de prédire l’avenir, de nouvelles données de l’INSPQ montrent que la tendance se maintient, malgré la hausse des cas de l’automne. « Nous avons fait une étude de suivi, ajoute la Dre Gilca, et bien que les résultats soient préliminaires, on voit que la létalité reste faible, malgré la hausse des cas des dernières semaines. »

Mais rien n’est gagné. « Le taux de mortalité reste plus élevé chez les personnes âgées, ajoute le Dr Simon. Avec les fêtes qui approchent et la prévalence de la maladie chez les plus jeunes, on pourrait voir la mortalité augmenter chez les personnes vulnérables. »

Il faut aussi ajouter que même si la maladie semble maintenant moins mortelle, elle n’est pas sans séquelles. Plusieurs de ceux qui l’ont contractée se sont retrouvés avec des ennuis de santé à plus long terme. En attendant les vaccins, la prévention et les mesures sanitaires restent donc de mise.

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