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Santé

Héma-Québec souhaite ouvrir le don de sang aux Européens

01-03-2023

Don de sang. Photo: Héma-Québec.

Interdites de don de sang, les personnes ayant séjourné ou vécu en Europe dans les années 1990 pourront peut-être bientôt relever leur manche et contribuer aux réserves d’Héma-Québec.

Au Québec, plus de 120 000 personnes donnent régulièrement leur sang pour répondre aux besoins médicaux de la province. Cependant, depuis l’an 2000, des mesures prises par Héma-Québec excluent les personnes ayant séjourné plusieurs mois au Royaume-Uni ou en France entre 1980 et 1996. Autrement dit, les personnes nées là-bas, mais aussi celles qui y ont travaillé ou vécu temporairement.

Les critères sont devenus encore plus stricts en 2005, alors qu’Héma-Québec imposait une interdiction permanente de don de produits sanguins aux personnes ayant séjourné 5 ans dans n’importe quel pays d’Europe de l’Ouest à la même période.

En cause? Le risque de transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, en particulier de la forme appelée « variante » qui se transmet aux humains par de la viande contaminée. Rapidement fatale, l’affection a provoqué une crise sanitaire majeure en Europe à la fin des années 1990 (voir encadré plus bas). Elle peut aussi être propagée par des actes médicaux – dont la transfusion sanguine.

L’épidémie n’a toutefois pas eu l’ampleur annoncée : moins de 250 cas ont été recensés depuis 1996 dans le monde, la majorité au Royaume-Uni et en France.

Les mesures imposées au début des années 2000 ne se justifient plus aujourd’hui, selon le Dr Marc Germain, vice-président aux affaires médicales et à l’innovation à Héma-Québec. Il espère qu’Héma-Québec obtiendra prochainement l’autorisation d’abandonner ces critères d’exclusion. Explications.

Québec Science: La variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob est extrêmement rare. Comment estimer le risque posé par les transfusions?

Marc Germain: Il y a eu 3 ou 4 cas bien documentés de transmission par transfusion par le passé. C’est donc un risque qui n’est pas théorique, mais il est minuscule, et il diminue à mesure que le temps passe [selon une revue britannique publiée en 2016, aucun cas dû à une transfusion n’a été rapporté depuis 2007].

La seule façon de se convaincre qu’on fait face à un risque négligeable, c’est de le modéliser, de faire des estimations mathématiques du risque pour une personne qui reçoit une transfusion au Canada. On a fait toute une série de scénarios. Même dans les plus pessimistes, par exemple si une personne sur 2000 au Royaume-Uni était porteuse de l’infection, avec une période d’incubation très longue, on estime que le risque est de 1 sur 16 millions de transfusions. C’est extrêmement faible; il faudrait attendre 20 ans avant de voir un seul cas ! Et c’est le plus pessimiste des scénarios… Pour les autres scénarios, on estime que le risque est voisin de zéro.

QS: Qu’est-ce qui a déclenché cette volonté de réviser les critères d’exclusion?

MG: Cela fait quelques années qu’on réfléchit à cette question. Il y a environ un an, nos collègues en Australie ont réussi à convaincre leur agence réglementaire de laisser tomber ce critère; cela a représenté un gain important de donneurs redevenus éligibles, car beaucoup d’Australiens avaient séjourné au Royaume-Uni.

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration a aussi émis un énoncé à l’effet qu’ils n’exigeaient plus l’application de ces critères, qui étaient sensiblement les mêmes qu’ici. Il y a donc des précédents; il est temps pour nous de faire une demande similaire à Santé Canada.

QS: Peut-on espérer une approbation rapide?

MG: Il nous faut encore quelques semaines avant de pouvoir déposer la soumission auprès de Santé Canada, car il faut également anticiper les changements dans les questionnaires électroniques, former le personnel… On espère obtenir une approbation dans l’année courante, et si possible mettre cela en vigueur avant la fin 2023.

La levée des critères d’exclusion concernerait tous les pays listés. Comme le risque est le plus élevé pour le Royaume-Uni, et qu’on le considère négligeable, il est encore plus faible pour les autres pays.

QS: Pour beaucoup de personnes d’origine européenne, ce critère d’exclusion est contrariant. Espérez-vous recruter beaucoup de nouveaux donneurs et donneuses?

MG: C’est difficile à estimer. Quand on a mis le critère en place il y a 25 ans, on avait sondé les donneurs, et ces mesures en excluaient tout de même 3% d’entre eux. On est toutefois passé au travers sans subir de pénurie. Aujourd’hui, est-ce que le chiffre serait encore 3%? Je ne sais pas. Les personnes nées après 1997 et ayant émigré au Canada ne sont pas visées par l’exclusion. Pour les gens un peu plus âgés, on espère aller chercher un pourcentage non négligeable de donneurs supplémentaires.

QS: Les besoins en produits sanguins sont-ils criants?

MG: Les réserves de sang, c’est un peu comme les fruits et légumes à l’épicerie, c’est toujours à recommencer! On doit solliciter de nouveaux donneurs tous les jours. Si la situation va bien aujourd’hui, cela ne veut pas dire que ce sera le cas dans deux semaines. Ce sont des produits avec une durée de vie limitée et la demande peut être imprévisible. Avoir de nouveaux donneurs éligibles, c’est donc forcément une bonne nouvelle.

Qu’est-ce que la maladie de Creutzfeldt-Jakob?

Il s’agit d’une maladie à prions, causée par une protéine anormale devenue infectieuse.

Chez les humains, les maladies à prions se présentent sous trois formes :

  • la forme sporadique (maladie de Creutzfeldt-Jakob isolée), qui survient dans plus de 80 % des cas sans qu’aucun facteur de risque ne soit identifié
  • la forme familiale, qui représente environ 10 % des cas et est associée à une mutation dans le gène codant pour la protéine du prion
  • les formes acquises : la transmission peut se faire par le biais de certains actes médicaux (par le passé, l’administration d’hormones de croissance, ou certaines greffes) ou par la consommation de produits d’origine animale contaminés.

C’est la forme acquise (variante vMCJ), apparue en 1995 au Royaume-Uni suite à la consommation de bœuf contaminé par la « maladie de la vache folle » (encéphalopathie spongiforme bovine), qui a inquiété Héma-Québec. Cette forme survient chez des personnes jeunes et peut se transmettre lors de transfusions sanguines. Les dix premiers cas ont été décrits en 1996. Depuis, on en a recensé moins de 250 cas dans le monde.

Critères d’exclusion en vigueur présentement

Vous serez exclu du don de sang de façon permanente si :

  • vous avez séjourné cumulativement trois mois et plus au Royaume-Uni entre le 1er janvier 1980 et le 31 décembre 1996 inclusivement;
  • vous avez séjourné cumulativement trois mois et plus en France entre le 1er janvier 1980 et le 31 décembre 1996 inclusivement;
  • vous avez séjourné cumulativement cinq ans et plus en Europe de l’Ouest (excluant la France et le Royaume-Uni) entre le 1er janvier 1980 et le 31 décembre 2007 inclusivement;
  • vous avez séjourné cumulativement six mois et plus en Arabie Saoudite entre le 1er janvier 1980 et le 31 décembre 1996 inclusivement;
  • vous avez reçu une transfusion sanguine (sang, globules rouges, plaquettes ou plasma) en France, au Royaume-Uni ou dans un autre pays d’Europe de l’Ouest depuis le 1er janvier 1980.

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