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Santé

Le vaccin bivalent : dose de fraîcheur pour le système immunitaire?

08-09-2022

Spencer Davis (Pixabay)

Les vaccins spécifiquement conçus pour immuniser contre le variant Omicron seront-ils vraiment plus efficaces que les autres? Peut-être un peu, mais comme toujours en immunologie, les prévisions sont hasardeuses.

Pour rebooster nos défenses à l’approche de l’automne, le nouveau vaccin « bivalent » de Moderna, distribué au Québec à partir du 9 septembre, apparaît comme une meilleure solution que le vaccin « classique ». Car il cible à la fois le virus initial du SRAS-CoV-2 et le variant Omicron (dans sa version BA.1).

« Depuis la souche de Wuhan, le virus a beaucoup muté. Ce n’est plus la même bête! », rappelle Andrés Finzi, professeur en immunologie à l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche du CHUM. Autant s’immuniser aussi contre la bête récente plutôt que seulement contre l’ancienne, en somme!

Mais est-ce que ce vaccin bivalent sera vraiment plus performant? « On ne le sait pas encore, mais ce n’est pas une mauvaise chose de changer la composition [de l’injection], pour avoir un répertoire immunitaire plus large », ajoute le spécialiste, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en entrée rétrovirale.

Les données quant à son efficacité ne sont pas encore disponibles, puisque la nouvelle mouture du vaccin n’est pas repassée par toutes les étapes d’essais cliniques, étant donné que seule une petite partie de la séquence d’ARN a changé dans sa composition.

En laboratoire, il semble générer la production de bonnes quantités d’anticorps contre le virus original et contre le variant Omicron BA.1, mais aussi contre les sous-variants BA.4 and BA.5 qui sont désormais dominants au pays. Par ailleurs, Santé Canada a déjà invité Pfizer-BioNTech et Moderna à soumettre leurs données pour leurs vaccins ciblant spécifiquement les variants Omicron BA.4 et BA.5. Ces vaccins viennent d’être approuvés aux États-Unis.

Le fait de « rafraîchir » ainsi les vaccins ne changera pas forcément du tout au tout la trajectoire de la pandémie de COVID-19, car le système immunitaire est d’ores et déjà façonné par nos rencontres multiples avec des représentants artificiels du virus SRAS-CoV-2 (à savoir les premiers vaccins mis sur le marché) et des représentants réels (les différents variants que la plupart d’entre nous ont déjà contractés). Il ne repart pas de zéro; et il a déjà fourbi ses armes, en quelque sorte. Dans des études menées chez des macaques qui ont comparé l’efficacité d’un rappel avec un vaccin ARN classique et celle avec des vaccins ARN « rajeunis » contenant une séquence d’Omicron ou du variant Bêta, aucune différence significative n’a été observée.

Omicron, champion de la réinfection

Ces derniers mois, Omicron a semé un certain découragement, avec sa propension à infecter des personnes pourtant adéquatement vaccinées et à réinfecter allègrement des gens qui ont eu la COVID-19 récemment.

Toutes ces (ré)infections laissent songeur : les vaccins perdent-ils de leur efficacité? Notre système immunitaire s’épuise-t-il? Pourquoi et comment Omicron échappe-t-il à nos défenses, pourtant bien entraînées après deux ans et demi de pandémie?

« La réponse est multifactorielle, indique Andrés Finzi. La première cause, c’est simplement que le taux d’anticorps neutralisants, c’est-à-dire capables de bloquer totalement le virus et d’empêcher l’infection, diminue très rapidement après une infection et après la vaccination, en quelques semaines. Mais ça, on le sait depuis le début de la pandémie. »

Cela ne veut pas dire que l’immunité « s’éteint » pour autant. Les anticorps sont un des volets de la réponse immunitaire, mais l’organisme produit aussi toutes sortes de cellules protectrices, dont des cellules « mémoire », qui restent en circulation et sont prêtes à se réactiver en cas d’infection. « On sait que ces cellules sont efficaces au moins pendant 8 mois après la vaccination, assure Andrés Finzi. On reste donc protégés contre les formes sévères. Par contre, cela ne suffit pas pour bloquer la transmission.»

Le péché originel

Rappelons que fin 2021, lors de son émergence, Omicron portait déjà une cinquantaine de mutations par rapport à la souche historique. Ses versions actuelles, BA.4 et BA.5, devenues rapidement dominantes dans le monde, continuent d’accumuler de petites variations.

Cette constante évolution pose problème. Les vaccins à ARN étaient jusqu’ici conçus à partir de la souche originelle : ils contiennent les instructions génétiques du spicule du virus, contre lequel la plupart des anticorps efficaces sont dirigés.

Cela a été maintes et maintes fois prouvé, ces vaccins « ancestraux » offrent tout de même une protection contre les nouveaux variants, y compris contre Omicron, surtout pour prévenir les formes graves de COVID-19. Et l’administration d’un rappel, donc une troisième voire une quatrième dose, augmente l’efficacité vaccinale de 12 à 35 fois, selon les études, notamment parce qu’elle fait remonter transitoirement le taux d’anticorps.

Le hic, c’est qu’à chaque nouvelle dose, on a réexposé le système immunitaire à l’ancienne souche. « À chaque fois, on renforce la réponse contre la souche originale. Mais elle n’existe plus! », s’exclame Andrés Finzi.

Cette stratégie présente un risque : celle de rendre le système immunitaire un peu paresseux, lorsqu’une infection par un nouveau variant survient. Plutôt que de produire des anticorps tout frais, adaptés au nouveau variant, l’organisme va recruter ses vieux « soldats », ceux qui sont déjà là et qui sont capables de produire des anticorps corrects, moyennement adaptés, mais tout de même un peu efficaces. Résultat, au fil du temps, la défense s’émousse.

Ce phénomène est appelé « empreinte antigénique », ou encore « péché antigénique originel ». Il peut être associé à la vaccination mais aussi à l’infection naturelle – les personnes qui ont été infectées par le variant Alpha, par exemple, n’ont pas la même « empreinte » immunitaire que celles qui ont contracté le Delta. Cet effet n’est pas forcément délétère; il permet une économie de ressources, en quelque sorte.

Mais dans le cas du SRAS-CoV-2, plusieurs études ont montré qu’il rendait les défenses moins efficaces, et qu’il pourrait en partie expliquer notre vulnérabilité face à Omicron.

Ainsi, une vaste étude menée auprès de professionnels de la santé britanniques, parue dans Science en juin 2022, a montré qu’une infection par Omicron « boostait » la réponse immunitaire contre les variants plus anciens, mais beaucoup moins contre Omicron lui-même. De quoi rendre les réinfections à quelques semaines d’intervalle tout à fait banales.

« Les profils des anticorps de deux individus peuvent être radicalement différents selon le premier variant auquel ils ont été exposés, soit par vaccination soit par infection. À cause de cette empreinte initiale, la réponse immunitaire dans une situation de réexposition peut également être différente. Dans le cas du SRAS-CoV-2 et de ses nombreux variants, il y a un grand nombre de combinaisons possibles, surtout si on tient aussi compte des différents intervalles de temps entre ces expositions », explique Jakob Kreye, de l’Hôpital de la charité de Berlin, qui a signé une revue récente sur l’empreinte antigénique.

Ce « patchwork » d’anticorps rend les études sur l’efficacité des vaccins et sur la virulence de chaque variant éminemment complexes. Pour ainsi dire, on ne sait plus trop déchiffrer ce qui se passe, ni même si de grandes tendances émergent. « On ne sait pas encore très bien ce que cela signifie concrètement, si le fait d’avoir été exposé en premier à une variante spécifique est bénéfique ou néfaste », explique Jakob Kreye.

Une consolation, toutefois, pour ceux et celles qui ont été malades cet été : les données montrent que l’immunité hybride (soit la protection conférée à la fois par la vaccination et par l’infection) est plus robuste que l’immunité due à l’infection ou à la vaccination seule. Et ce quel que soit l’ordre!

 

 

 

 

 

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