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Sciences

Gastrodiplomatie: faire de la politique avec les papilles

01-04-2022

Image: Shutterstock

L’alimentation prend beaucoup de place dans nos vies et en occupe une de plus en plus grande dans les départements universitaires.

La diplomatie culinaire existe depuis toujours. Les chefs d’État s’invitent autour de bonnes tables pour créer des liens et négocier des accords. Un outil de prestige pour montrer la puissance du pays, mais qui permet aussi d’entretenir des rapports de confiance.

Faire de la politique par les papilles appartient à l’arsenal pluridisciplinaire d’une grande nation. De quoi créer un programme universitaire de science politique ? Eh oui ! La première cohorte de la majeure Boire, manger, vivre, de l’Institut d’études politiques de Lille, en France, achève sa première année.

Malgré ce que son nom laisse entendre, le sujet est sérieux. On articule les thèmes habituels de la science politique, tels que l’environnement et les relations internationales, autour des enjeux contemporains de l’alimentation. Cela donne des cours sur les politiques agricoles, l’histoire du véganisme, la production viticole et l’inégalité des sexes en cuisine, entre autres choses. Le maître de conférence responsable du programme, Benoît Lengaigne, explique : « Il faut à la fois embrasser ces verbes − boire, manger, vivre − dans des enseignements de sciences sociales et “vraiment” boire, manger et vivre », c’est-à-dire que les étudiants apprennent littéralement à déguster les vins, spiritueux et sakés, en plus d’être formés en cuisine. De quoi donner envie !

Un autre sujet est au menu : la gastrodiplomatie, dont les étudiants pourraient un jour user. Cela consiste à utiliser la gastronomie pour promouvoir une ville, une région, un pays sur la scène internationale, montrer ses forces et nourrir l’intérêt des touristes et des investisseurs.

Julia Csergo est professeure invitée à l’Institut d’études politiques de Lille. Elle est également professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal, où l’École des sciences de la gestion a lancé, à l’automne 2021, deux programmes de deuxième cycle portant sur les enjeux contemporains de l’alimentation. Elle raconte que le terme gastrodiplomatie est apparu pour la première fois en 2002 en Thaïlande. Le pays a investi dans certains restaurants pour qu’ils deviennent des ambassadeurs et pour augmenter ainsi le nombre d’établissements thaïlandais dans le monde.

La Corée du Sud aussi a développé sa gastrodiplomatie. En 2009, le gouvernement a injecté 44 millions de dollars pour que la cuisine coréenne se hisse parmi les cinq premières cuisines du monde. « Le but était de concurrencer les sushis avec le bibimbap ! relate Julia Csergo. L’État donne des bourses d’études à l’étranger et a inscrit ses produits au patrimoine immatériel de l’Unesco ; c’est toute une stratégie. »

Cette diplomatie parallèle permet de travailler l’image de marque d’un pays. La photo de Justin Trudeau attablé avec l’ancien président américain Barack Obama au restaurant Joe Beef à Montréal illustre bien les retombées que la cuisine peut apporter à un État sur la scène internationale. « Et ces avantages réputationnels se traduisent par des avantages économiques. C’est un levier important dont les pays doivent désormais tenir compte dans leurs échanges commerciaux mondiaux », rappelle la professeure.

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