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Santé

Suspension du vaccin d’AstraZeneca en Europe : excès de prudence?

16-03-2021

Image: Pixabay

Il n’y a pour l’instant aucune preuve que le vaccin d’AstraZeneca augmente le risque de caillots sanguins ou d’hémorragies. Cependant, des évaluations sont en cours, suite au signalement de plusieurs cas suspects en Europe.

Rappel de la situation

Plusieurs pays d’Europe ont suspendu temporairement la vaccination avec le vaccin d’AstraZeneca, à la suite du signalement début mars par la Norvège de quatre cas graves d’hémorragie ou de caillots sanguins chez des personnes vaccinées. Le décès d’une femme de 60 ans au Danemark, qui présentait une thrombose veineuse (un caillot sanguin, voire encadré), a contribué à précipiter la décision.

Ainsi, dans un vent de panique, le Danemark, la Norvège, l’Islande, la Bulgarie, suivis par l’Irlande, l’Autriche, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas, entre autres, ont joué de prudence et interrompu la vaccination, pour environ deux semaines, en attendant que la lumière soit faite. Pour l’instant, aucun lien de cause à effet n’a été démontré entre les hémorragies et caillots et l’administration du vaccin. Le seul lien est chronologique – dans les jours ou semaines suivant la vaccination.

Au total, l’Agence européenne du médicament a comptabilisé 30 « événements thromboemboliques » pour 5 millions de personnes vaccinées (en date du 11 mars), ce qui ne dépasse pas l’incidence normale de ces troubles. Elle a réaffirmé que dans tous les cas, le bénéfice de protection apporté par le vaccin est supérieur aux risques, en termes de santé publique. L’agence doit toutefois réévaluer les données dans la semaine et se prononcer le jeudi 18 mars sur le maintien de son autorisation concernant ce vaccin (Mise à jour: L’Agence européenne du médicament a conclu que le vaccin était sûr et efficace et que les bénéfices associés surpassaient largement les risques éventuels).

Au Canada, en début de semaine, Justin Trudeau et François Legault ont réitéré leur confiance envers le vaccin d’AstraZeneca.  « Le meilleur vaccin pour vous, c’est le premier qui vous est offert », a assuré le premier ministre canadien.

L’Organisation mondiale de la santé, elle aussi, demande de poursuivre les vaccinations.

Un excès de précaution?

Comme tout vaccin ou médicament nouvellement mis sur le marché, les vaccins contre la COVID-19 font l’objet d’une surveillance serrée. Les effets secondaires sont rapportés aux autorités de santé de chaque pays, qui peuvent prendre la décision de suspendre le produit en cas de doute. C’est un processus normal de pharmacovigilance.

Par ailleurs, on sait que certains vaccins, notamment celui contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, sont associés à un faible risque de troubles hématologiques (en particulier de purpura trombopénique idiopathique).

Reste qu’il est très difficile de prouver hors de tout doute le lien entre certaines complications rares observées dans la population et un vaccin, à moins de voir surgir un excès indéniable de complications dans la population vaccinée. Et pour l’instant, les chiffres n’ont rien d’inquiétant.

Cité dans un article du British Medical Journal, Phil Bryan, responsable de la sécurité vaccinale pour l’agence de régulation des médicaments britannique, a rappelé que « plus de 11 millions de doses du vaccin AstraZeneca ont été administrées au Royaume-Uni. Les cas de thromboses ne sont pas plus élevés que le nombre attendu naturellement dans la population ».

L’affolement des pays européens est dénoncé par de nombreux experts, qui y voient un excès de prudence et la garantie d’une perte de confiance de la population envers ce vaccin, dans un contexte où l’approvisionnement en Europe est plus lent que prévu.

« J’avoue que je ne comprends pas trop, lâche Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Je pense que si c’était le seul vaccin efficace disponible, on ne se poserait pas autant de questions. » Il précise que les troubles de la coagulation sont beaucoup plus fréquents avec la prise de contraceptifs oraux, par exemple. « Et il y en a autant avec le vaccin de Pfizer ! », remarque le chercheur, qui avait présidé le Comité international de contrôle des données et de la sécurité de l’étude sur le vaccin contre Ebola.

En effet, si on s’en tient aux chiffres britanniques, les personnes vaccinées avec le vaccin Pfizer ont rapporté davantage de complications thromboemboliques que celles vaccinées avec le vaccin d’AstraZeneca. Ainsi, en date du 28 février, 38 complications hématologiques étaient rapportées pour 11,5 millions de doses Pfizer, contre 30 pour 9,7 millions de doses AstraZeneca. Pour autant, le vaccin de Pfizer n’a pas été suspendu.

Dans un communiqué de presse daté du 14 mars, le groupe pharmaceutique AstraZeneca assure qu’une « revue de toutes les données de sécurité disponibles portant sur plus de 17 millions de personnes vaccinées dans l’Union européenne et le Royaume-Uni n’a montré aucune preuve de risque accru d’embolie pulmonaire, de thrombose veineuse profonde ou de thrombocytopénie [baisse du nombre de plaquettes sanguines] dans aucun groupe d’âge, genre, lot ou pays ».

AstraZeneca fait également référence à ses essais cliniques au cours desquels, « bien que le nombre d’épisodes thrombotiques ait été faible, ceux-ci étaient moins nombreux dans le groupe vacciné que dans le groupe placebo. »

Rappelons que les thromboses sont des problèmes fréquents. Rien qu’aux États-Unis, 1000 à 2000 cas surviennent chaque jour, rappelle le New York Times. Puisque 1% de la population adulte américaine est vaccinée quotidiennement, cela signifie que 10 à 20 cas se produiraient chez les patients vaccinés, par pure coïncidence statistique, sans lien avec le vaccin.

« Il faut mettre les choses en perspective. On vaccine des millions de personnes donc il y a forcément des événements qui surviennent. Ce qui est sûr, c’est que cette situation va nourrir la résistance vaccinale, surtout dans les pays où l’hésitation est déjà grande, comme en France», déplore Benoît Mâsse, qui recommande à ses proches de se faire vacciner dès qu’ils peuvent, sans hésiter.

 

Qu’est-ce qu’une thrombose veineuse?

Une thrombose est la formation d’un caillot (amas gélatineux de cellules sanguines) dans une veine. Le caillot peut se détacher et « voyager » jusqu’au cerveau ou aux poumons, où il peut causer une embolie (un blocage) potentiellement fatal. Ce blocage peut causer une rupture de vaisseau et donc une hémorragie.

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