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Santé

Le Purell périmé fonctionne-t-il encore?

Image: soumen82hazra/Pixabay

Q : «Est-ce que le Purell ou autre désinfectant du même genre reste efficace si la date de péremption est dépassée de plusieurs mois, voire des années ? Il a perdu sa texture et est plus liquide maintenant, mais si je lui rajoute de la glycérine ou autre produit du même genre, puis-je l’utiliser efficacement ?», demande Denise Trépanier, de Québec.

R : En général, répond le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer, les désinfectants à base d’alcool comme le Purell utilisent des épaississants synthétiques de type «polymère» (donc des «chaînes» de molécules). «Après un certain temps, poursuit-il, ces polymères perdent leurs propriétés épaississantes et le mélange devient plus liquide. Mais la proportion d’alcool ne varie pas trop et c’est elle qui est importante. Donc l’efficacité antiseptique est toujours là.»

En théorie, la glycérine peut ré-épaissir le désinfectant, mais ce n’est pas une solution particulièrement efficace, dit M. Voyer : «L’alcool et le glycérol sont très hygroscopiques, c’est-à-dire qu’ils absorbent l’eau (l’humidité) de l’air. Cela diminue la viscosité et rend [assez rapidement] les préparations plus liquides.»

En pratique, cependant, il vaut mieux ne pas ajouter de glycérine du tout parce que cela diminue la proportion d’alcool du mélange et réduit ainsi ses propriétés antiseptiques, avertit le chimiste. Il est essentiel qu’un désinfectant garde au moins 60 % d’alcool, et le Purell en contient 70 % au départ — et cela peut être un peu moins si la bouteille est vieille.

«Tous les composés organiques se décomposent plus ou moins rapidement, mais ça dépend des composés et de plusieurs facteurs, a indiqué M. Voyer lors d’un échange de courriels. Les alcools, surtout l’éthanol, sont assez stables. Si la bouteille n’a jamais été ouverte et qu’elle est étanche à l’entrée de l’oxygène et à l’abri des rayons ultraviolets du Soleil, l’alcool peut rester intact même après des années, même si sa concentration peut varier un peu quand même. (…) Mais si la bouteille a été ouverte, je n’utiliserais pas. Il peut y avoir eu dégradation ou contamination et l’efficacité désinfectante ne serait probablement plus là.»

Q : «J’ai lu un article qui mentionnait de changer tous les jours la solution désinfectante faite maison avec 100 ml d’eau de Javel et 900 ml d’eau, car le chlore qu’elle contient perd de son efficacité avec le temps. Est-ce le cas ?», demande Janine Emond, de Bromont.

R : Il y a plusieurs choses qui peuvent faire varier la stabilité de l’«hypochlorite de sodium» (NaOCl), dit M. Voyer. L’exposition à la lumière la fait se dégrader plus rapidement, et c’est la même chose avec la chaleur : «on estime qu’en 10°C et 20°C, la vitesse de dégradation double», précise-t-il. La décomposition sera également plus rapide s’il y a des impuretés ou des métaux dans l’eau de Javel.

«Pour toutes ces raisons, il faut conserver nos solutions dans des bouteilles de plastique, au frais à l’abri de la lumière.»

«Vu que ce n,est pas toujours possible et vu que la concentration est importante pour l’efficacité de désinfection, dit le chimiste, bien les organismes comme le CDC et l’OMS recommandent d’utiliser des préparations de 0,5 % fraîches du jour.» Ce 0,5 % d’hypochlorite représente un mélange d’eau de Javel avec de l’eau dans des proportions de 1 pour 9, car l’eau de Javel «pure» contient de 5 à 6 % d’hypochlorite.

Enfin, M. Voyer ajoute que l’eau de Javel du commerce contient un stabilisateur qui prévient sa dégradation, mais qu’il perd de son efficacité avec la dilution. Alors oui, si on désinfecte avec de l’eau de Javel diluée, il vaut mieux refaire son mélange chaque jour.

La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec et du Facebook Journalism Project.

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