Image: Tumisu (Pixabay)
Des chercheurs montréalais lancent une étude internationale pour traiter le stress post-traumatique lié à la COVID-19 à distance.
Malades, personnel soignant, aînés en résidence… pour certaines personnes, la lutte contre la COVID-19 dépasse le simple ennui du confinement : c’est un véritable combat contre la mort. Et comme des soldats de retour du front, ces personnes pourraient vivre du stress post-traumatique.
Mais combien subiront ainsi les impacts psychologiques de la crise? Et est-il possible de les traiter à distance? C’est ce que veut savoir l’équipe du chercheur Alain Brunet, de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, en menant une vaste étude internationale sur la question.
« Il y a des gens pour qui la COVID-19 a vraiment été une confrontation avec la mort, que ce soit la leur ou celle de leurs proches. Dans la mesure où vous êtes confronté à ça de façon brutale et inattendue, vous êtes susceptibles de souffrir de stress post-traumatique. Ça peut aussi être le cas si vous avez travaillé dans un environnement où vous étiez entouré de malades ou encore, si vous êtes dans un groupe à risque », énumère-t-il en entrevue.
Les scientifiques ont donc lancé cette semaine une campagne pour recruter jusqu’à 5 000 participants, répartis également dans cinq pays : la Chine, l’Italie, la France, les États-Unis et le Canada. L’objectif est de les suivre pendant trois à six mois, non seulement pour mieux comprendre leurs expériences respectives, mais aussi pour leur offrir à distance six séances de 25 minutes de thérapie à partir de la méthode développée par Alain Brunet : la reconsolidation de la mémoire.
Le professeur de psychiatrie à l’Université McGill explique, en bon pédagogue, que la mémoire fonctionne un peu comme un ordinateur et les souvenirs, comme des fichiers emmagasinés dans la mémoire de stockage (le ROM). Quand on les ravive, c’est comme si on ramenait ces fichiers dans la mémoire vive (le RAM). Lorsqu’ils sont dans cette mémoire de travail, les souvenirs, comme les fichiers, sont plus sensibles aux courts circuits. Ils doivent être reconsolidés – autrement dit, reconstruits – avant de retourner dans la mémoire de stockage.
Le traitement développé par Alain Brunet consiste à faire ce travail de « mobilisation » avec les souvenirs coupables du stress post-traumatique sous l’effet d’un médicament appelé le propanolol, un bêta-bloquant souvent utilisé pour traiter l’hypertension artérielle. « Le propanolol va bloquer la synthèse des protéines qui sont requises pour fixer le souvenir, qui va donc être réenregistré, mais de façon atténuée ou affaiblie », assure-t-il.
Le chercheur en psychiatrie a auparavant testé sa méthode auprès de vétérans de guerre, des victimes des attentats du 13 novembre 2015, à Paris, et plus récemment, auprès de victimes de trahisons amoureuses. Ce qui diffère, cette fois, c’est la façon de prodiguer la thérapie. « La méthode a déjà prouvé son efficacité. On voudrait maintenant montrer qu’on est capable de traiter des gens à distance de cette façon-là », résume-t-il.
L’étude va aussi s’intéresser aux troubles de l’adaptation provoqués par la COVID-19, c’est-à-dire des émotions ou des comportements développés en réaction à un grand stress, mais pas nécessairement en réaction à une menace vitale.
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