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Santé

Entrevue avec Jonathan D. Quick, expert des épidémies

28-01-2020

Illustration: Wikimedia Commons

Cet article n’est pas récent et les connaissances scientifiques sur la COVID-19 évoluent continuellement. Nous vous invitons à consulter nos derniers articles.

Jonathan D. Quick est médecin et professeur adjoint au Duke Global Health Institute aux États-Unis. Il est également l’auteur de The End of Epidemics, un livre publié en 2018 dans lequel il prédit que la prochaine grande pandémie pourrait arriver bien plus vite qu’on pourrait le croire. Serons-nous prêts? D’après lui, les pays ont fait des pas de géants pour améliorer la détection et réduire la dispersion d’un microbe menaçant. Nous l’avons interrogé sur l’émergence du coronavirus de Wuhan.

Comparativement aux épidémies passées comme celle du SRAS et du MERS [syndrome respiratoire aigu sévère et coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient], les autorités sanitaires ont-elles bien réagi cette fois-ci?
Dans l’ensemble, il y a eu une excellente réponse. C’est toujours troublant et effrayant d’affronter un nouveau virus, car on en sait très peu sur lui. L’augmentation du nombre de cas est inquiétante à l’intérieur de la Chine et maintenant vers d’autres pays, mais le coronavirus a été détecté tôt si l’on compare à l’épisode de SRAS (qui a eu lieu en 2003). La Chine a pu fournir rapidement de l’information sur le virus à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’épidémie d’Ebola en 2014 a eu des conséquences positives sur notre système mondial de détection des maladies et d’alerte, qui est beaucoup plus fort et rapide à présent.

Sommes-nous meilleurs qu’avant pour la détection précoce des maladies infectieuses ?
Oui, absolument. Mais nous avons encore un long chemin à parcourir. Nous pouvons être plus rapides en s’assurant de continuer à investir notamment dans le renforcement des programmes nationaux de lutte contre les maladies.

Pensez-vous que ce coronavirus se propagera comme ses cousins du MERS et du SRAS?
Nous observons clairement une contamination de personne à personne. Le portrait n’est pas encore assez bon pour dire précisément ce qu’il en est de sa contagiosité. Le virus s’est déjà propagé au Japon, en Slovaquie, à Taiwan, en Thaïlande et dans l’État de Washington aux États-Unis (au moment de l’entrevue le 22 janvier). Il a franchi les frontières, mais il existe une réelle vigilance. Ces cas sont détectés beaucoup plus rapidement. Le SRAS, un autre coronavirus, avait atteint 27 pays en six semaines. Cependant, grâce à une bonne action de santé publique, le SRAS a été éliminé en six mois et n’est pas revenu.

Cette fois-ci, il s’agit d’un virus différent. L’inquiétude est qu’il se propage dans un pays lent à le détecter. C’est ce qui est préoccupant. S’il arrive dans d’autres régions de l’Asie qui ne sont pas aussi bien préparées ou s’il survient en Afrique, alors nous avons un réel souci.

Vous qui avez déjà travaillé au sein de l’OMS, croyez-vous que l’OMS déclarera qu’il s’agit d’une urgence mondiale? [NDLR : il y a été directeur de 1996 à 2004]
L’équipe évalue vraiment avec soin les implications. L’avantage de déclarer une urgence est qu’il y a une plus grande prise de conscience et de meilleures chances d’arrêter le virus. D’un autre côté, il y a aussi un risque de diminution des voyages et du commerce, ce qui peut aussi avoir des effets économiques négatifs.

Doit-on avoir peur de ce nouveau virus?
Je pense qu’il faut regarder l’histoire. Les gènes du nouveau coronavirus sont différents d’environ 20% de ceux du virus SRAS. Nous ne pouvons pas prédire précisément selon ce qui s’est passé avec le virus SRAS comment ce nouveau virus réagira. Mais ce que nous pouvons dire, c’est qu’il se développe à peu près de la même manière. S’il y a une bonne réaction de la part de la santé publique en isolant les personnes exposées et en les traitant de façon appropriée, nous pouvons y mettre fin.

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