Image: NASA
La 5G risque d’interférer avec les satellites utilisés pour les prévisions météorologiques. Une situation dénoncée en vain par l’Organisation météorologique mondiale.
Le partage des fréquences du spectre électromagnétique ne se fait pas sans heurts. Fin 2019, l’Union internationale des télécommunications a décidé, sous la pression des opérateurs de téléphonie, que les fréquences autour de 26 GHz seraient attribuées à la 5G. Or, cette zone du spectre est déjà utilisée par les météorologues pour leurs prévisions. Si la 5G empiète sur leurs platebandes, la qualité des bulletins météo pourrait être sérieusement altérée.
« Tout ce qui nous entoure émet naturellement des ondes électromagnétiques, et la vapeur d’eau dans l’atmosphère émet un signal à 23,8 GHz, explique Alec Casey, météorologue à Environnement et Changement climatique Canada. Les satellites météo captent justement ce signal et ils sont très sensibles. Leurs données risquent d’être faussées dans les régions densément équipées pour la 5G. »
Depuis des mois, les météorologues sonnent l’alarme sur ce risque d’interférence, en demandant de préserver une zone tampon autour de 23,8 GHz. Hélas, leur voix n’a pas été entendue et la fourchette allouée à la 5G s’étalera de 24,25 à 27,5 GHz. Dangereusement proche des fréquences utilisées par les satellites de météorologie. « Nous, contrairement aux télécommunications, nous ne pouvons pas employer d’autres fréquences : c’est 23,8 GHz et rien d’autre ! » déplore Alec Casey.
Il précise que nul ne sait pour l’instant comment détecter les interférences et les mesures faussées. « Il y a d’autres façons de mesurer la quantité d’eau dans l’atmosphère, avec des ballons par exemple, mais les satellites sont un outil majeur. »
Neil Jacobs, météorologue et directeur de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, a estimé que ce chevauchement de fréquences pourrait réduire la précision des prévisions météo de l’ordre de 30 % − un retour aux années 1980, selon lui.
« Le spectre électromagnétique est une ressource naturelle qui est surexploitée, analyse Alec Casey. Il y a beaucoup de compétition pour l’allocation des fréquences, et il faudrait au moins s’assurer que les services existants ne seront pas dégradés par l’arrivée d’une nouvelle technologie. »
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