Mathieu Babin pousse un cri rauque. L’haltère de près de 40 kg qu’il tient dans sa main droite tombe bruyamment sur le plancher de la salle de musculation. Il plie et déplie lentement le bras en reprenant son souffle.
«Aujourd’hui, je travaille mon dos», dit le jeune homme en s’essuyant le visage avec la serviette kaki qu’il trimballe d’un appareil à l’autre. Il est 15 h. Mathieu vient de terminer le sixième exercice d’une série de huit. Il est arrivé à 14 h chez Fitness Globale, à Brossard. Il en sortira un peu avant 16 h.
L’étudiant en criminologie à l’Université de Montréal s’adonne à la musculation depuis l’âge de 16 ans; il en a aujourd’hui 22. Il s’entraîne maintenant plus de 10 heures par semaine. «Au début, je voulais juste me mettre en forme, raconte-t-il. Maintenant, c’est une passion. Je suis fasciné par le bodybuilding.» Pendant qu’il soulève les poids, sa camisole grise échancrée dévoile un corps sculpté.
Les vedettes de la téléréalité, comme Mathieu Baron, de Loft Story, qui se faisait appeler «Big» à cause de ses gros muscles, ou la nouvelle mode des douchebags, ces gars bronzés, tatoués et musclés, aux cheveux léchés, ont popularisé les chandails ultra serrés et les muscles saillants. Des jeunes comme Mathieu Babin, et de bien plus jeunes encore, on en croise en quantité dans les gymnases de la province.
«J’ai remarqué une nette augmentation de la clientèle âgée de 16 à 20 ans. Surtout des garçons, affirme la directrice générale du Fitness Globale de Brossard, Rachel Caron. Leur objectif est souvent de gagner de la masse musculaire, raconte-t-elle. Ils veulent avoir de gros bras, de gros pectoraux et un six pack, comme ce qu’ils voient à la télé ou dans les magazines.»
Chez Pro Gym, rue Hochelaga, à Montréal, 15% des 9 000 membres ont moins de 20 ans. «C’est à la mode d’être bien fait, note le directeur général, Pierre L’heureux. Pour les jeunes, c’est très important d’avoir un physique intéressant. De plus en plus de nos clients s’entraînent pour des raisons esthétiques.»
Et alors? Qu’ils s’entraînent pour être beaux ou pour être en forme, l’important n’est-il pas de faire de l’exercice, comme le recommandent les experts de santé publique? Oui. Sauf que… Pour arborer le plus rapidement possible un corps sculpté et des muscles saillants, les jeunes adeptes de la musculation ont parfois recours à des techniques d’entraînement abusives qui peuvent causer de sérieuses blessures. Le phénomène touche surtout les jeunes hommes, mais certaines filles s’adonnent aussi à ce genre de pratique, généralement pour perdre du poids et, parfois, dès l’entrée au secondaire.
Vous pouvez lire la suite du reportage dans le numéro de décembre 2011-janvier 2012 de Québec Science.
Photo: Olivier Jean