Nous serions particulièrement séduits par les politiciens à la voix grave, a constaté l’équipe de David R. Feinberg du Voice Research Laboratory au département de psychologie, neuroscience et comportement de l’université McMaster, à Hamilton, en Ontario, qui a procédé à deux études.
Pour la première, les chercheurs ont d’abord utilisé des enregistrements de neuf présidents états-uniens, dont ils ont modifié la hauteur de la voix, leur conférant un ton plus grave, puis un ton plus aigu. Ils ont ensuite soumis ces extraits sonores à 125 personnes divisées en deux groupes.
Les participants du premier groupe devaient écouter les deux versions de la voix de chaque président et choisir, dans chaque cas, laquelle leur semblait la plus attirante, celle qui leur renvoyait l’image d’un meilleur leader, d’un dirigeant plus honnête, d’une personne digne de confiance et, enfin, celle qu’ils associaient au candidat pour lequel ils seraient le plus enclins à voter lors d’une élection générale.
Le second groupe devait se plier au même exercice, mais juger les voix à partir de critères différents: le leader le plus dominant, le plus intelligent, le mieux à même de gérer la situation économique actuelle, le plus susceptible d’être impliqué dans un scandale et, finalement, celui pour lequel les participants préféreraient voter en temps de guerre.
La seconde étude, elle, consistait à faire entendre à 40 personnes (20 femmes et 20 hommes) la voix de deux inconnus récitant la même phrase sans connotation politique. Les participants devaient choisir, d’après leur voix, pour lequel des deux ils voteraient plus volontiers lors d’une élection générale. Le procédé a été répété 15 fois avec des duos de voix différentes. Au bout du compte, les candidats à la voix la plus grave ont remporté la palme dans environ 70% des cas. Autant chez les hommes que chez les femmes.
Autres conclusions de ces études: nous associons plus volontiers les voix graves à des traits de caractère favorables, comme l’intégrité, le pouvoir d’attraction et la force physique, au point d’y être encore plus sensibles lors d’une élection générale ou en temps de guerre. L’inverse s’avère aussi: quand il s’agit d’identifier les personnes les plus susceptibles d’être liées à un scandale, on choisit les voix les plus haut perchées!
«Ces résultats suggèrent que les politiciens à la voix grave ont peut-être un avantage aux élections. Il est possible que le fait de réduire la hauteur de la voix dans des enregistrements sonores puisse aider les candidats à obtenir des votes», écrivaient les auteurs de la recherche dans le journal Evolution and Human Behaviour, en 2011.
Les partis politiques n’ont pas attendu ces résultats pour faire appel à des experts de la pose de voix afin d’entraîner au besoin candidats, députés et chefs. Cela est particulièrement vrai pour les débats télévisés où chaque détail est étudié et planifié avec soin, y compris le ton à adopter. En d’autres circonstances, quand le naturel risque de revenir au galop, comme il est fréquent en cette ère du direct et des médias sociaux, les relationnistes veillent tout simplement à tenir les microphones à distance!