Glorya Pellerin
Professeure en sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Stéphane Allaire
Professeur au département des sciences de l’éducation et de psychologie de l’Université du Québec à Chicoutimi
Enseigner à la caméra?
Les nouvelles technologies vont bouleverser la manière d’enseigner. Il ne sera bientôt plus nécessaire de se déplacer pour obtenir son diplôme universitaire.
Par Marc-André Sabourin
Et cette révolution a déjà commencé. L’automne dernier, Stanford a offert gratuitement trois de ses cours en ligne, notamment sur l’intelligence artificielle et les bases de données. Plus de 160 000 personnes s’y sont inscrites! Elles avaient accès aux notes de cours, à des vidéos, à des exercices et aux examens. Celles qui ont réussi le cours ont reçu une attestation officielle de l’établissement.
Au Québec, rien de tel encore, mais les universités entendent s’y préparer. La compétition pour attirer les étudiants est déjà forte. La «dématérialisation» de l’éducation, comme disent certains spécialistes, ne fera que la rendre plus féroce encore. Même la langue ne sera plus une contrainte: l’un des cours en ligne de Stanford était disponible en 44 langues!
Mais les enseignants sont-ils prêts à de tels changements? «On n’enseigne pas de la même façon face à une caméra qu’en classe, souligne Glorya Pellerin, professeure en sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Dans ma classe, je perçois le petit nuage au-dessus de la tête des étudiants. Je les vois réfléchir. À distance, je dois les questionner davantage pour m’assurer qu’ils comprennent bien.»
Les nouvelles technologies pourraient cependant offrir l’opportunité d’améliorer les méthodes d’enseignement. Initialement, la formation à distance reproduisait le modèle traditionnel: un prof transmet son savoir à un groupe d’étudiants. «Les avancées dans les sciences cognitives des 50 dernières années ont démontré que la résolution de problèmes, la participation et les interactions sociales assurent une transmission plus efficace», explique Stéphane Allaire, professeur au département des sciences de l’éducation et de psychologie de l’Université du Québec à Chicoutimi.
Le Web permet notamment d’élargir le réseau auquel l’étudiant a accès. Mais oubliez Facebook et Twitter, «trop instantanés, trop rapides pour apprendre», prévient Stéphane Allaire. Il croit plutôt en des technologies simples et peu coûteuses, comme des forums et des vidéoconférences, consacrés uniquement à l’enseignement.
Stéphane Allaire et Glorya Pellerin collaborent au projet «Écoles éloignées en réseau», mis en place en 2002, qui permet à près de 120 écoles secondaires et primaires de profiter de cette petite révolution. Les élèves d’un établissement réfléchissent et travaillent en équipe avec les étudiants d’une autre école avec l’aide de leurs professeurs respectifs. «Des étudiants en Gaspésie ont même contacté un chercheur de l’Ouest canadien pour répondre à des questions», raconte Stéphane Allaire.
De là à clamer la mort des salles de classe, Glorya Pellerin en doute. «On perdrait la relation prof-étudiant, qui est absolument essentielle», estime-t-elle.