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Le nouvel organisme Parité sciences travaillera de concert avec les enseignants de cégep afin que ceux-ci encouragent les jeunes femmes à s’inscrire en physique, en maths ou en informatique à l’université.
Au Québec, en 2021, les femmes forment toujours moins de 25% des étudiants au baccalauréat en physique. Un constat alarmant, qui a poussé trois mousquetaires (deux physiciennes et un physicien) à prendre le problème à bras-le-corps. Et pas seulement en physique : les mathématiques et l’informatique, où les effectifs féminins demeurent faibles, sont aussi dans leur mire. Leur arme secrète? Les enseignants de cégep.
«Les cours de physique au cégep sont suivis par 50% de femmes, d’après Statistique Canada, et c’est lorsqu’elles entrent à l’université qu’elles vont vers d’autres domaines. Le cégep est donc notre dernière chance pour les accrocher», indique Julie Hlavacek-Larrondo, l’une des mousquetaires et professeure au département de physique de l’Université de Montréal.
L’idée émane de l’initiative américaine STEP UP (Supporting Teachers to Encourage the Pursuit of Undergraduate Physics) née en 2017. Selon les données colligées par l’organisme, la parité est présente dans les cours de physique aux États-Unis jusqu’à l’entrée à l’université. C’est alors que les Américaines choisissent d’autres domaines d’études. Par contre, celles qui entreprennent un baccalauréat en physique y restent.
Pour changer les choses, Julie Hlavacek-Larrondo a fondé Parité sciences avec deux collègues de l’Université de Montréal, Mirjam Fines-Neuschild, doctorante en physique et communication et fondatrice du comité Diversité physique, et Jean-François Arguin, professeur au département de physique.
Ce dernier raconte « avoir eu la chance de compter sur plusieurs mentores extraordinaires », dont Fabiola Gianotti, l’actuelle directrice générale du CERN, à Genève. «Il est très important que plus de femmes choisissent la physique, les mathématiques et l’informatique notamment parce que plusieurs de ces diplômés travaillent dans les entreprises de hautes technologies comme Google, poursuit Jean-François Arguin. Avec le développement de l’intelligence artificielle, ces entreprises ont de plus en plus de pouvoir dans la société. Atteindre la parité permettra aux femmes de prendre leur place dans ces institutions de pouvoir.»
Des stratégies simples et efficaces
Une étude montre que le nœud du problème semble être la socialisation des filles qui encourage moins le développement d’une identité scientifique chez ces dernières. Résultat : elles s’imaginent moins faire carrière dans le domaine.
«Lorsqu’on demande à des enfants de représenter un scientifique sur papier, ils dessinent tous un homme blanc, pas de cheveux, avec un sarrau et l’air un peu fou : c’est très stéréotypé», affirme Julie Hlavacek-Larrondo qui, personnellement, a eu la chance d’avoir un autre modèle. Sa mère, originaire du Chili, avait postulé en cachette à une bourse pour étudier les sciences en Russie et elle y est allée malgré la grande réticence de son propre père. Une fois revenue au Chili, elle a dû fuir le régime de Pinochet et s’est réfugiée au Canada. Elle y a fait son doctorat en chimie à l’Université McGill.
«Ma mère m’a toujours dit de faire ce que j’aime dans la vie, peu importe ce que c’est, se souvient la physicienne. Elle avait affronté tellement de défis que je me disais que tout était possible pour moi.»
Après les parents, ce sont les enseignants qui jouent un grand rôle dans la construction de l’identité scientifique. «En sensibilisant les enseignants de cégep à cette réalité, ils pourront avoir une influence sur les jeunes jusqu’à la fin de leur carrière», affirme Julie Hlavacek-Larrondo. Parité sciences visera ensuite les enseignants du secondaire.
En s’appuyant sur l’exemple de STEP UP, l’organisme québécois mise sur 10 stratégies faciles à adopter. Par exemple, encourager les jeunes femmes qui ont des habiletés marquées en physique, mathématiques ou informatique à s’inscrire dans l’une de ces voies à l’université ; aborder en classe le problème de la sous-représentation des femmes en sciences ; et présenter des débouchés concrets sur le marché du travail, comme développer des outils technologiques pour améliorer la précision de la radiothérapie, ou la gestion des services de transport en commun. «Nous avons créé des présentations pour les professeurs afin de leur faciliter la vie», indique Julie Hlavacek-Larrondo.
Le Fonds de recherche du Québec Nature et technologies n’a pas hésité à soutenir financièrement ce projet. «Nous desservons une clientèle adulte, des chercheurs qui ont déjà fait leur choix de carrière, mais nous trouvons tout de même perturbant la faible représentativité des femmes dans ces secteurs. Bien que nous multipliions les efforts pour que celles qui y sont continuent de s’y épanouir, nous trouvons intéressant d’avoir enfin une initiative pour influencer les jeunes filles qui n’ont pas encore fait leur choix », affirme Janice Bailey, directrice scientifique.