Cette photo montre la médaille du prix Nobel de médecine décernée en 1945 à Sir Alexander Fleming, qui a découvert la pénicilline. La médaille est exposée au National Museum of Scotland. Image: Wikimedia Commons
Cette année, deux trios et un scientifique solo ont été récompensés pour leurs contributions exceptionnelles à la science. Du lot, seule une femme s’est vu décerner la récompense.
Prix Nobel de médecine-physiologie
Le prix a été attribué au généticien Svante Pääbo « pour ses découvertes concernant les génomes des homininés disparus et l’évolution humaine. » Le chercheur suédois est connu pour ses travaux exceptionnels en paléogénomique, qui ont permis notamment de séquencer des génomes de Néandertaliens.
Plus généralement, le séquençage d’ADN ancien par son équipe a permis de faire des découvertes majeures, qui ont révolutionné notre compréhension de l’histoire humaine.
L’équipe du généticien, à l’Institut Max-Planck d’anthropologie, a ainsi révélé l’existence d’hybrides sapiens-Néandertaliens, découvert une lignée humaine éteinte à partir d’un fragment d’os (les Dénisoviens), et prouvé qu’il existait des hybrides dénisoviens-néandertaliens. Elle a aussi montré que les humains actuels possèdent encore dans leur génome des fragments d’ADN hérités de ces populations disparues.
Le lien avec la médecine? Ces travaux permettent de mieux retracer l’évolution humaine, de repérer les gènes conservés au fil du temps ainsi que ceux qui nous ont été légués par d’autres lignées. On sait par exemple que certains gènes d’origine néandertalienne protègent contre certaines maladies ou, au contraire, fragilisent (notamment contre la COVID-19).
Prix Nobel de physique
Le prix Nobel de physique a été attribué au Français Alain Aspect, à l’Américain John F. Clauser et à l’Autrichien Anton Zeilinger pour leurs découvertes sur l’intrication quantique.
L’intrication quantique réfère à l’existence d’un lien inextricable entre deux particules, quelle que soit la distance qui les sépare. De la sorte, si l’état de l’une d’elles se modifie, celui de sa « jumelle » change de façon instantanée, comme s’il s’agissait d’un seul et même système. Ce phénomène a été vérifié maintes fois en laboratoire depuis les années 1970, car les scientifiques arrivent à « intriquer » des particules volontairement, notamment des photons.
Prix Nobel de chimie
Le prix Nobel 2022 de chimie a été attribué à K. Barry Sharpless et Carolyn R. Bertozzi (États-Unis) ainsi qu’à Morten Meldal (Danemark) pour le développement de la chimie click et de la chimie bioorthogonale.
La chimie « click » ou clic est, comme son nom l’indique, une chimie simple qui permet de synthétiser des molécules rapidement et efficacement, en créant des liaisons solides entre des atomes de nature différente. Pour appartenir à la chimie click, une réaction doit remplir plusieurs critères : avoir un rendement élevé, utiliser des solvants non toxiques ou de l’eau, se faire idéalement à température ambiante et en présence d’oxygène. C’est le développement de méthodes permettant ces assemblages moléculaires simples qui a été récompensé par le Nobel. Les molécules ainsi fabriquées couvrent des domaines variés en chimie (polymères, nanotechnologies, biologie…), mais l’essor de ce type de chimie a surtout bénéficié au domaine thérapeutique (traitement ciblé contre le cancer, par exemple).

La chimie click, illustrée dans Chem. Rev. 2021, 121, 12, 6697–6698
Les réactions chimiques bioorthogonales représentent quant à elles un sous-ensemble de la chimie click. Elles peuvent se produire dans le milieu biologique sans interagir avec les constituants de celui-ci, ce qui permet donc de retracer les biomolécules dans leur environnement d’origine. Il peut s’agir par exemple de « greffer » un marqueur fluorescent à une molécule qu’on veut observer dans une cellule ou au contraire de « cliver » une molécule en réponse à un stimulus, par exemple.