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Sciences, Société

L’énigmatique suaire de Turin

20-08-2018

Impression artistique de l’homme du suaire de Turin. Photo: Wikimedia Commons

L’authenticité du linceul qui aurait enveloppé Jésus soulève des débats passionnés.

En 2015, 2 millions de pèlerins ont visité Turin, en Italie, pour se recueillir devant un linceul exposé de façon exceptionnelle pendant deux mois. Qu’a de particulier ce mystérieux drap de lin ? Il serait ni plus ni moins celui qui a enveloppé Jésus de Nazareth après sa crucifixion. On y voit d’ailleurs deux empreintes roussies, une de face et une de dos, du corps – et du visage – d’un homme coiffé d’une couronne d’épines.

Des dizaines d’études chimiques, biologiques et physiques ont été menées sur ce qu’on appelle le « suaire de Turin », une étoffe de 4 m de long, dont l’authenticité soulève des débats passionnés. En juin 2017, par exemple, une étude publiée dans la revue PLOS One par des scientifiques de l’université de Padoue révélait la présence sur le suaire de nanoparticules de créatinine et d’oxyde de fer. Selon les auteurs, celles-ci indiquent que la personne qui a été recouverte de ce linceul a été torturée, « fortement polytraumatisée ». Mais s’agit-il de Jésus ?

Bien que de nombreux croyants en soient convaincus, plusieurs études refusent de leur donner raison. En 1988, des analyses au carbone 14 menées par plusieurs équipes indépendantes ont démontré que le tissu datait en fait du Moyen Âge. Une estimation qui concorde avec les données historiques, le linceul ayant été mentionné pour la première fois dans un village en France en 1357, après avoir surgi d’on ne sait où. Il a ensuite été transféré à Turin en 1578.

Le « mystère » aurait donc pu s’arrêter là, mais quelques scientifiques ont critiqué la datation. En 2014, une équipe de l’École polytechnique de Turin a même avancé qu’un séisme, survenu alors que le Christ était encore en vie, aurait à l’époque libéré un flux de neutrons qui a faussé les mesures menées presque 2 000 ans plus tard.

Selon l’historien Didier Méhu, professeur à l’Université Laval, nul doute que le suaire provient du XIVe siècle : « Pour faire une interprétation scientifique valable, il faut combiner plusieurs arguments. On ne trouve aucune trace du suaire dans l’histoire avant le XIVe siècle. S’il avait été connu avant, on en aurait entendu parler, l’Église aurait conservé trace de son existence. » Quant aux indices relatifs à de la torture, ils ne prouvent rien. « De la torture au XIVe siècle, il y en avait beaucoup ! » ajoute ce spécialiste du Moyen Âge.

Certes, les traces peuvent être le signe d’une crucifixion, mais elles peuvent aussi être interprétées autrement, si la torture a eu lieu pendant l’Inquisition, par exemple.

« La question qui reste, c’est : “Qu’est-ce que c’est que ce truc ?” Ces traces de sang, elles ne sont pas apparues toutes seules ! Pas plus que l’image qui s’y trouve » s’exclame Didier Méhu. Le « voile » n’est donc pas tout à fait levé. « La fascination suscitée par le suaire est un mystère en soi ! » estime l’historien qui croit que toutes les lectures et relectures ont élevé au rang de véritable relique ce qui n’est peut-être qu’un simple bout de tissu, qu’il ait recouvert le Christ ou non.

Mise à jour

Des chercheurs américains se sont livrés à une expérience pour le moins étonnante, afin de vérifier si les traces observées sur le suaire étaient compatibles avec une crucifixion. Ils ont attaché des hommes à des croix et ont ensuite versé du sang aux endroits où auraient dû se trouver les clous. Le but: observer les coulures et les comparer à celles du suaire. Les résultats (dont on n’a pas encore connaissance) seront présentés en février 2019 lors du congrès annuel de l’American Academy of Forensic Sciences, par les chercheurs du Turin Shroud Center of Colorado qui ont conduit l’expérience. Ceux-ci précisent toutefois que les hommes étaient volontaires et qu’aucun d’entre eux n’a été maltraité… Rassurés?

(Marine Corniou)

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