Photo: P. Schreiner, Pixabay
Pour réduire la pollution par le plastique, la guerre contre les mégots serait certainement plus efficace que la guerre contre les pailles.
La liste des objets trouvés dans les campagnes de nettoyage de plages, où que ce soit dans le monde, est longue : bouteilles, pailles, jouets, flacons en tout genre, chaussures, etc.
Mais les déchets « personnels » les plus fréquemment retrouvés sont sans conteste les mégots de cigarette, qui constituent jusqu’à 30% des « objets » ramassés sur les littoraux. Chaque année, environ 6000 milliards de cigarettes sont fumées dans le monde. On estime ainsi que 4500 milliards de mégots sont jetés annuellement dans l’environnement. Et il est urgent de s’attaquer au problème, soulignent les scientifiques dans plusieurs publications récentes.
Du plastique à la pelle
Si un mégot peut paraître anodin, de par sa petite taille, il n’en est rien : il est composé de plastique, plus précisément d’acétate de cellulose enrobé de plastifiants, qui retardent la biodégradation (plus de 18 mois).
« En supposant que chaque filtre pèse 170 milligrammes, le poids de tous les filtres non biodégradables rejetés annuellement est d’environ 175 200 tonnes », estime l’Organisation mondiale pour la santé, qui ajoute à ce calcul 1 800 000 tonnes d’emballages composés de papier, d’encre, de cellophane, d’aluminium et de colle, et encore 2 millions de tonnes de carton.
Ce n’est pas tout : une cigarette contient plus de 5000 composés, dont environ 150 sont considérés comme hautement toxiques. Les filtres, en particulier, renferment du benzène, de la nicotine, du cadmium et des douzaines d’autres contaminants. Ces substances percolent dans le sol et l’eau lorsque le mégot se retrouve dans la nature et contaminent les alentours.
Un exemple? En 2011, des chercheurs américains ont pu mesurer, simplement en plongeant des mégots dans l’eau, des quantités non négligeables d’aluminium, de baryum, de cadmium, de chrome, de cuivre, de fer, de manganèse, de nickel, de plomb, de strontium, de titane et de zinc… « Cette étude suggère que les mégots sont des sources potentielles de pollution environnementale par les métaux lourds et qu’ils peuvent potentiellement être nocifs de façon aiguë ou chronique pour plusieurs organismes », concluaient les auteurs.
Les effets toxiques sur la faune aquatique ont d’ailleurs été documentés dans plusieurs études. Nous en parlions notamment ici.
Prise de conscience
Si les données concernant la toxicité environnementale de ces déchets s’accumulent, le problème est connu depuis plusieurs années. L’omniprésence du plastique dans les océans a toutefois amené une certaine prise de conscience chez les consommateurs et les autorités. Aux États-Unis, plus de 300 villes côtières interdisent désormais aux vacanciers de fumer sur leurs plages.
Parallèlement, plusieurs initiatives de recyclage ont vu récemment le jour à travers le monde, visant à réutiliser les mégots pour la production de briques et d’asphalte, la fabrication de matériau absorbant, et même la lutte contre les moustiques.
La Ville de Montréal a quant à elle amorcé en 2016 un projet pilote destiné à récupérer et recycler des milliers de mégots. « À ce jour, le projet compte 620 cendriers installés dans 8 arrondissements sur les artères commerciales », souligne la Ville, précisant que les mégots représentent environ 30 % des déchets retrouvés sur le domaine public. « Lorsqu’ils sont laissés sur la chaussée, la nicotine et les matières se dissolvent et polluent les cours d’eau et les écosystèmes », note la Ville, qui les utilise pour fabriquer du mobilier urbain. (Mise à jour juin 2021: selon les derniers chiffres disponibles, le réseau est constitué de quelque 820 cendriers installés sur des artères commerciales ciblées dans 15 arrondissements.)
Elle a aussi lancé une campagne de sensibilisation contre le « mégoïsme », qui consiste à jeter ses mégots n’importe où. À vos cendriers, donc.
Et l’effet sur les organismes vivants?
Selon une méta-analyse parue en 2021 dans la revue Environmental research, la lixiviation des mégots qui se retrouvent dans un environnement aquatique relâche des composés qui peuvent être extrêmement toxiques pour plusieurs organismes.
« Le devenir des mégots dans les environnements aquatiques est affecté par divers facteurs, et avant de couler, ils flottent pendant une longue période (sur une longue distance). Par conséquent, les mégots et leurs produits chimiques toxiques associés peuvent être ingérés par divers organismes aquatiques », notent les auteurs. Cependant, des études supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre cette toxicité.