Publicité
Environnement

Le fléau des microplastiques issus des lessives

12-01-2023

Image: Erik Witsoe/Unsplash

À chaque lavage, des millions de fibres textiles, souvent plastiques (élasthanne, polyester), vont rejoindre le réseau d’eaux usées et échouent, ultimement, dans l’environnement – et dans nos corps. Comment les intercepter ?

De nombreux scientifiques travaillent sur le sujet, et mettent au point des filtres à installer sur les lave-linges individuels. En France, à partir de 2025, les lave-linges neufs devront d’ailleurs être obligatoirement équipés de filtres à microparticules.

Bien que ce ne soit pas à l’ordre du jour de ce côté-ci de l’Atlantique, un projet de loi a été déposé en Ontario en ce sens, en réponse aux travaux d’une équipe de l’Université de Toronto. En 2021, celle-ci a installé des filtres sur les laveuses de 97 maisons de la municipalité de Parry Sound. Ils retenaient chacun en moyenne 6 g de fibres par semaine, un résultat à la fois inquiétant et très satisfaisant selon l’équipe.

Les filtres commerciaux commencent à voir le jour et plusieurs études ont montré leur efficacité (variant tout de même selon les cas, de 30 à 80 %).

Mathieu Lapointe, ingénieur en traitement des eaux et chercheur à l’École de technologie supérieure, s’intéresse de près à cette pollution. « Il n’y a pas que des fibres de plastique ; on trouve aussi beaucoup de coton, de la cellulose, des poils d’animaux, de l’acrylique », a-t-il constaté en laboratoire.

Selon lui, « les filtres individuels, des sortes de tamis, sont insuffisants, car ils ne captent que les grosses fibres. Il faudrait optimiser le traitement à l’usine d’épuration des eaux plutôt que de demander à tout le monde d’acheter ce type de cartouche ».

Actuellement, les usines retiennent plus de 95 % de ces fibres, grâce à des procédés d’agrégation. « Les 5 % restants représentent toute de même une grande quantité », note l’expert.

L’équipe du professeur Lapointe travaille sur un projet ambitieux : une mini-station d’épuration individuelle, capable de retenir les nanoparticules, mais aussi le détergent, la matière organique et les composés solubles. « La filtration serait effectuée à domicile par un appareil de la taille d’un four ou d’un lave-vaisselle qui traiterait les eaux usées de lavage. Celles-ci pourraient être réinfiltrées directement dans le sol, ce qui permettrait de réduire le débit d’eau dans les usines d’épuration des eaux usées, qui sont très pressurisées », précise-t-il.

« On enlève plus de 98 % des fibres en plus des autres polluants, on est très enthousiastes. La prochaine étape est de voir s’il y a un gain environnemental ou pas, si ça vaut la peine. » Autre point à régler : les microplastiques interceptés doivent tôt ou tard être retirés des filtres… pour se faire envoyer à l’enfouissement. La planète ne s’en débarrassera pas de sitôt.

Poursuivez votre lecture en lisant notre reportage :

Laver son linge sans salir la planète

Publicité

À lire aussi

Environnement

La théorie de l’Internet des sols remise en doute

Une étude met en doute une théorie populaire selon laquelle les arbres échangeraient des ressources et communiqueraient sous terre.
Gabrielle Anctil 29-05-2023
Environnement

Programme Argo: 4000 robots sondent les océans

Rouage fondamental de la machine climatique terrestre, l’océan mondial subit les affres des activités humaines. Pour mieux documenter et prévoir ces transformations, des milliers de robots prennent le pouls des profondeurs.
Marine Corniou 29-05-2023
Environnement

Des bouées pour mesurer les changements climatiques le long des côtes

Pour mieux comprendre les changements environnementaux en cours dans les océans côtiers, en particulier dans les pays du Sud, des scientifiques misent sur un réseau de bouées espionnes.
Marine Corniou 29-05-2023
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x