Ce type de filtre permet d’intercepter les fibres issues du lavage. Image: PlanetCare – Unsplash
Le lavage du linge relâche des millions de microfibres dans les eaux usées et, ultimement, dans l’environnement. Les résultats d’une expérience de science participative visant à documenter et limiter le phénomène au Québec viennent d’être présentés. Le bilan est… mitigé.
À chaque lessive, l’abrasion du linge conduit au relargage de milliers de fibres de tissu dans l’eau de rinçage. Similaires en apparence à la « charpie » que l’on récupère dans les sécheuses, ces résidus sont un mélange de matière organique et inorganique (comme du sable), de fibres de coton et de fibres de plastique issues des vêtements synthétiques.
Ce sont ces dernières qui intéressaient tout particulièrement l’équipe de Polytechnique Montréal et le Groupe de recommandations et d’actions pour un meilleur environnement (GRAME), qui ont lancé une expérience de science participative en 2021 pour estimer la production des microfibres de textile au Québec, et dont les résultats viennent d’être présentés.
Une trentaine de citoyens et citoyennes ont ainsi équipé leur laveuse d’un filtre, qui récupère l’eau de lavage et retient la charpie. Celle-ci était extraite du filtre à chaque brassée, congelée et envoyée ensuite pour analyse au laboratoire de Polytechnique, dans l’équipe de Dominique Claveau-Mallet, spécialiste des eaux usées. L’expérience a duré six mois, pour une moyenne de 56 lavages par ménage (soit 2,3 lessives par semaine environ), et le filtre choisi était un modèle fabriqué au Canada, sans pièce jetable, avec une efficacité avérée.
« On a récupéré 2,34 mg de fibres par litre de lavage, ou encore 27 000 microfibres par gramme de charpie, a expliqué Mohammed Abourich, étudiant à la maîtrise à Polytechnique et responsable des analyses, lors d’une conférence présentant les résultats. Si on extrapolait à l’échelle de la ville de Montréal, on aurait récupéré 41 tonnes de matière, dont 13 tonnes de fibres synthétiques. »
Un problème persistant
Ce problème est connu et bien quantifié depuis plusieurs années. La quantité de microplastiques rejetés dans les cours d’eau et les océans chaque année est estimée à 1,5 million de tonnes. De ces microparticules, 35% proviendraient des textiles synthétiques et seraient générées par le lavage. Hélas, le Saint-Laurent fait partie des fleuves les plus touchés au monde.
Comment limiter cette pollution? Plusieurs équipes de recherche planchent sur le sujet, et certains pays mettent en place des contraintes législatives fortes. En France, par exemple, une loi prévoit que les lave-linges neufs soient dotés d’un filtre à microfibres à partir de 2025.
En Ontario, un projet de loi similaire a été déposé, pour interdire la vente ou la mise sur le marché de machines à laver qui ne sont pas équipées de filtre. Il a été lancé suite à une étude qui a inspiré le GRAME, menée par l’Université de Toronto, sur 97 maisons de la municipalité de Parry Sound.
Un modèle de filtre à revoir?
Si l’étude québécoise montre l’efficacité du filtre pour retenir les fibres, elle est plutôt décevante sur le plan pratique. Plus des deux tiers des participants n’ont pas apprécié l’expérience avec le filtre. Difficile à installer et à nettoyer, il lui a aussi été reproché de retenir les matières organiques (impossible à utiliser avec des couches lavables), de se boucher et d’empêcher la bonne évacuation de l’eau.
« C’est donc plus ou moins concluant », a concédé Catherine Houbart, du GRAME, précisant qu’un autre filtre ou une autre technologie serait sans doute préférable si le système devait être généralisé.
Laver intelligemment
En attendant les machines à filtre intégré, il est possible de limiter l’impact du lavage du linge sur l’environnement, en consultant notre reportage : Laver son linge sans salir la planète.
Les conseils les plus efficaces ? Laver son linge seulement si nécessaire, opter pour des matières non synthétiques, et laver à l’eau froide. « La température élevée favorise le relargage des microfibres », a confirmé Mohammed Abourich. Des gestes qui n’ont l’air de rien mais qui peuvent diminuer d’un facteur 5 l’empreinte environnementale de nos brassées.