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11-10-2022

Une vague d’aquariophiles créent dans leur bac en verre des habitats dignes des écosystèmes naturels. Même les poissons en sont bouche bée !

Gravier rose fluo, touffe d’algues en plastique, coffre au trésor duquel s’échappent des bulles à intervalles réguliers, figurines de Bob l’éponge : voilà les composants de base d’un aquarium qui en jette, non ? Ce n’est pas l’avis des aquariophiles, qui recréent des écosystèmes d’eau douce à l’aspect naturel où les plantes sont autant, sinon plus importantes que les créatures aquatiques vivant dans ces quelques litres d’eau.

Aquarium nature, aquarium planté, aquascaping sont tous des termes décrivant ce passe-temps qui gagne du terrain ici, un mouvement popularisé dans les années 1990 qui dérive de la culture des jardins japonais. Évidemment, garnir son aquarium de vrais végétaux n’a rien de nouveau, mais on les a longtemps placés dans le décor en sachant qu’ils ne dureraient pas. « Les plantes étaient éphémères et c’était normal de les perdre après deux ou trois mois », dit Philippe Boucher, cofondateur de Nature Aquarium Québec, une communauté d’aquascapeurs professionnels ayant pignon sur rue dans une animalerie de Trois-Rivières.

Le vent a tourné lorsque le photographe paysagiste nippon Takashi Amano, le génie derrière l’aquarium nature, a constaté que ses végétaux avaient bien meilleure mine et croissaient mieux après l’ajout d’eau pétillante dans ses bacs. « Les plantes allaient chercher leurs nutriments plus facilement grâce à cet apport de CO2, reprend Philippe Boucher, qui nage dans le milieu depuis une vingtaine d’années et remarque un intérêt croissant pour l’activité depuis le début de la pandémie. Takashi Amano a été précurseur dans la compréhension autant de la biologie que de la chimie derrière l’aquarium en saisissant l’importance du gaz carbonique, d’un substrat riche en nutriments et de la luminosité.

 

Le premier prix de la catégorie des 112 L de l’International Aquascaping Contest 2021 était une création de Thiago Oliveira, du Brésil. On y trouve 18 espèces végétales et 3 animales. Image: AGA/Thiago Oliveira

L’intérêt pour les aquariums naturels est indubitablement esthétique, comme on peut le voir sur les réseaux sociaux et à travers les photos des habitats sophistiqués qu’élaborent les participants de divers concours, dont l’International Aquatic Plants Layout Contest, mis sur pied par Takashi Amano, ou l’International Aquascaping Contest. Mais le plaisir réside aussi dans la chance qu’offre ce petit laboratoire aquatique d’observer en temps réel les processus influant sur l’eau et le cycle de la matière. Certaines plantes étant particulièrement capricieuses, l’équilibre ne tient parfois qu’à un fil.

Car contrairement au milieu naturel, les déchets azotés rejetés par les poissons et les feuilles mortes restent prisonniers des quatre murs vitrés, ce qui peut occasionner l’eutrophisation de ces habitats auxquels tant d’heures ont été consacrées. Et puisque les végétaux produisent de l’oxygène le jour, lors de la photosynthèse, mais en consomment la nuit, un aquarium trop généreusement planté peut rendre le milieu anoxique − l’étouffer, en quelque sorte. « Les aquariums naturels demandent évidemment un certain entretien, davantage que ceux dont le décor est constitué de fausses plantes », concède Marc-Antoine Couillard, biologiste et aquariophile de la région de Québec ayant travaillé plusieurs années en animalerie.

Ce propriétaire d’un aquarium naturel de 50 gallons tient toutefois à rassurer les néophytes qui n’ont pas deux heures à consacrer chaque jour à la taille des herbacées de leur couvre-sol ni le budget pour injecter des bouffées de CO2 à leurs monocotylédones. « Avec un bon filtreur, une lumière adéquate et le fumier du poisson qui crée de l’engrais, ça pousse tout seul. Même avec un aquarium low-tech il y a moyen de prendre plaisir à voir comment les plantes vont se comporter et influencer l’écosystème », assure-t-il.

Philippe Boucher regarde des rasboras arlequin qui se faufilent entre les plants d’Eleocharis acicularis, de Micranthemum micranthemoides et de Glossostigma elatinoides. Image: Philippe Boucher

« Faire de l’aquascaping nous apprend à respecter la puissance de la nature. Si vous avez un complexe de Dieu et que vous essayez de tout contrôler pour que ce soit beau, la nature va toujours prendre le dessus, philosophe Philippe Boucher. Ça nous donne une leçon d’humilité. »

Et si regarder les poissons aller et venir dans un aquarium a un effet relaxant, comme l’a démontré la littérature scientifique, les deux amateurs s’accordent à dire que les effets bénéfiques sont également clairs pour les poissons en résidence. Ils sont plus calmes et ont un comportement se rapprochant de leur vraie nature. Ces microcosmes stimulent aussi la reproduction. Si ces pensionnaires ont envie de faire des bébés, c’est signe que tout baigne, quoi !

En ouverture: Des néons du pauvre nagent au-dessus d’un aménagement de six variétés de plantes. Image: Philippe Boucher

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