Photo: John P. Crimaldi et coll./Scientific Reports
Certains problèmes sont plus difficiles à chasser que d’autres… C’est particulièrement vrai dans les toilettes !
Lorsque vous tirez la chaîne pour évacuer le contenu de la cuvette, les jets d’eau et l’air en mouvement créent un nuage de gouttelettes et d’aérosols qui se propage dans la pièce. C’est notamment le cas dans les toilettes publiques équipées de chasses d’eau sous pression et dépourvues de couvercles rabattables. Le problème ? Ces microgouttelettes d’eau sont potentiellement chargées d’urine, de matières fécales, de bactéries et autres virus potentiellement dangereux.
Ces projections sont bien connues des scientifiques. Plusieurs études ont déjà montré que les gouttelettes propulsées par les chasses d’eau peuvent répandre des échantillons peu désirables à travers la salle de bain, y compris sur les brosses à dents posées sur le comptoir. Mais aucune étude n’avait encore permis de visualiser ou de mesurer la propagation de ces éruptions de gouttelettes microscopiques, jusqu’à ce qu’une équipe de l’Université du Colorado à Boulder, aux États-Unis, s’y attaque.
Elle a braqué des faisceaux laser et des caméras sur la cuvette quelques secondes avant et après avoir actionné la chasse d’eau. Les impulsions laser ont illuminé le nuage d’aérosols expulsé par le mécanisme d’évacuation. Les photographies en rafales ont fourni une série de clichés de l’évolution de la forme et de la direction prise par la nuée de particules. Chaque image a alors été analysée par un algorithme spécialement conçu pour l’expérience ; il calculait la vitesse de chacune des particules en suspension dans l’air.
Grâce à ce système d’imagerie, le groupe a également pu dénombrer la quantité des particules qui sont projetées en dehors de la cuvette et leur taille.
Les résultats publiés en décembre dernier dans la revue Scientific Reports montrent que les gouttelettes sont propulsées à une vitesse pouvant atteindre deux mètres par seconde. Certaines particules sont projetées à plus d’un mètre et demi au-dessus de la toilette !
La taille des gouttelettes varie et l’expérience démontre que les plus fines peuvent rester en suspension dans la pièce plus d’une minute après l’actionnement de la chasse d’eau.
Pour cette étude, la cuvette ne contenait que de l’eau, mais l’équipe souligne que la présence de matières fécales et de papier hygiénique pourrait modifier la dynamique de la nuée de particules de manière imprévisible. Bien connaître les mécanismes physiques de projection de ces aérosols aidera les entreprises sanitaires et les équipes d’ingénierie à modifier le fonctionnement des toilettes ou à apporter des changements aux systèmes de ventilation et de désinfection des salles de bain publiques. En attendant, baissez le couvercle (quand c’est possible) !