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Sciences

Des sons graves, même inaudibles incitent à danser plus

28-02-2023

Image: Gerd Altmann/Pixabay

Une étude révèle l’effet énergisant des basses fréquences, même lorsqu’elles sont inaudibles, sur notre façon de danser.

Lors d’un concert, la basse ou la grosse caisse bat­tent la cadence. Mais l’effet de leurs « boum boum » graves va au-delà de la vibration des tympans. Une étude publiée en novembre dans Current Biology a montré qu’on dan­­se de manière plus énergique au son des basses fréquences… même lorsqu’on ne les entend pas !

L’expérience s’est déroulée au LIVELab, un lieu servant à la fois de salle de spectacle et de laboratoire à l’Université McMaster, en Ontario. Lors d’un concert du groupe de musique électronique Orphx, la moitié de l’auditoire portait sur la tête un bandeau muni d’un capteur dont le mouvement était traqué par des caméras infrarouges.

Pendant la prestation, les scien­tifiques allumaient des haut-parleurs supplémentaires pendant 2 min 30 s, avant de les éteindre durant le même intervalle de temps. Ces haut-parleurs atypiques émet­taient les sons d’un synthétiseur quelques octaves plus bas, à des fréquences que l’oreille humaine ne pouvait entendre. Pourtant, quand ces appa­reils étaient en fonction, les sujets dansaient avec 12 % plus d’intensité !

Daniel Cameron, premier auteur de l’étude, mime avec le doigt le diagramme en dents de scie dessiné par les données récoltées au fil du concert. « Il y a vraiment une relation de cause à effet : on allume ces haut-parleurs et les gens bougent plus. On les éteint et ils bougent moins », explique le postdoctorant du Département de psychologie, neurosciences et comportement de l’Université McMaster.

« C’est assez clair et convaincant », commente Robert Zatorre, pro­fes­seur de neurosciences à l’Institut-hôpital neurologique de Montréal du Centre universitaire de santé McGill, qui n’a pas par­ticipé à l’étude. Selon lui, cette expé­rience prouve que les très basses fréquences modifient notre réponse à la musi­que. « Main­tenant, les ques­tions sont : comment ça fonc­tionne ? Et pourquoi ? »

Est-ce parce que ces ondes so­no­res sont détectées par les récepteurs tactiles de la peau ? Ou parce qu’elles affectent notre système vestibulaire, responsable de l’équilibre ? La vibration stimule-t-elle d’abord le système moteur ou le circuit de la récompense dans le cerveau ? Autant de questions à éclaircir.

Simone Dalla Bella, professeur de psychologie à l’Université de Mon­tréal, qui n’a pas non plus participé à l’étude, retient qu’un son inaudible peut influencer des comportements collectifs. « Les conséquences de cette conclusion sont importantes et vont au-delà de la musique. »

Daniel Cameron souhaite juste­ment explorer la dynamique de groupe. « Peut-être que certaines personnes sont plus sensibles aux très basses fréquences et entraînent les autres », remarque celui qui est aussi batteur. Alors on danse ?

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