Image: Shutterstock; Université de Durham
Le souper avec de jeunes enfants s’accompagne souvent de montagnes russes d’expressions faciales allant du plaisir jusqu’aux grimaces. Or, si l’on se fie aux images publiées par des scientifiques britanniques, les réactions en lien avec la nourriture s’observent bien avant qu’un poupon s’assoie dans sa première chaise haute.
Leur étude, publiée l’automne dernier dans la revue Psychological Science, laisse entendre que les fœtus ont des expressions faciales marquées et étonnamment distinctes selon les aliments auxquels ils sont exposés à travers le liquide amniotique.
À l’aide de l’échographie 4D (une vidéo de quelques minutes du fœtus en trois dimensions), l’équipe de l’Université de Durham a surveillé les réactions de 70 fœtus à 32 ou 36 semaines dans les 20 minutes qui ont suivi l’ingestion par leur mère de gélules de carotte ou de chou frisé (kale) en poudre. Les résultats ont ensuite été comparés avec une banque d’images de fœtus n’ayant pas été soumis à l’expérience (le groupe témoin).
L’expérience a montré des visages souriants deux fois plus souvent chez les fœtus des mères qui avaient avalé les comprimés de carotte que dans les deux autres groupes. À l’inverse, les fœtus semblaient faire une moue de dégoût deux fois plus souvent chez les mères ayant ingéré les gélules de chou frisé, qui est amer.
« On ne sait pas si la réaction des fœtus est positive ou négative, car on ne peut pas les lier directement à des émotions, précise Nadja Reissland, membre de l’équipe. Mais on sait maintenant qu’ils réagissent aux saveurs avant la naissance. »
Des travaux avaient déjà révélé que l’alimentation de la mère durant la grossesse a une influence sur les goûts de l’enfant après la naissance. Julie Menella, du Monell Chemical Senses Center, à Philadelphie, a ainsi mis en lumière que les enfants dont la mère a consommé du jus de carotte dans les derniers mois de la grossesse et pendant l’allaitement ont une préférence plus affichée pour cette saveur que ceux dont les mères n’en avaient pas bu.
Bien qu’impressionnée par la qualité des images, la professeure Menella n’est pas convaincue par la nouvelle étude. « On ne sait rien des conditions dans lesquelles ont été prises les images du groupe témoin, déplore-t-elle. Certaines mères ont pu manger d’autres aliments avant l’échographie, ce qui fausse les conclusions. »
De son côté, l’équipe britannique souligne que la méthode d’imagerie permet de voir en temps réel la réaction des fœtus aux aliments. « Ces travaux ont des implications quant à l’alimentation de l’enfant à naître, estime Nadja Reissland. L’idée que le bébé découvre les aliments et y réagit durant la grossesse offre la possibilité de l’encourager très tôt à manger sainement. »
Une méthode plus simple que les stratagèmes déployés à table pour que bébé mange ses légumes.