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À chaque lavage, des millions de fibres textiles, souvent plastiques (élasthanne, polyester), vont rejoindre le réseau d’eaux usées et échouent, ultimement, dans l’environnement – et dans nos corps. Comment les intercepter ?
De nombreux scientifiques travaillent sur le sujet, et mettent au point des filtres à installer sur les lave-linges individuels. En France, à partir de 2025, les lave-linges neufs devront d’ailleurs être obligatoirement équipés de filtres à microparticules.
Bien que ce ne soit pas à l’ordre du jour de ce côté-ci de l’Atlantique, un projet de loi a été déposé en Ontario en ce sens, en réponse aux travaux d’une équipe de l’Université de Toronto. En 2021, celle-ci a installé des filtres sur les laveuses de 97 maisons de la municipalité de Parry Sound. Ils retenaient chacun en moyenne 6 g de fibres par semaine, un résultat à la fois inquiétant et très satisfaisant selon l’équipe.
Les filtres commerciaux commencent à voir le jour et plusieurs études ont montré leur efficacité (variant tout de même selon les cas, de 30 à 80 %).
Mathieu Lapointe, ingénieur en traitement des eaux et chercheur à l’École de technologie supérieure, s’intéresse de près à cette pollution. « Il n’y a pas que des fibres de plastique ; on trouve aussi beaucoup de coton, de la cellulose, des poils d’animaux, de l’acrylique », a-t-il constaté en laboratoire.
Selon lui, « les filtres individuels, des sortes de tamis, sont insuffisants, car ils ne captent que les grosses fibres. Il faudrait optimiser le traitement à l’usine d’épuration des eaux plutôt que de demander à tout le monde d’acheter ce type de cartouche ».
Actuellement, les usines retiennent plus de 95 % de ces fibres, grâce à des procédés d’agrégation. « Les 5 % restants représentent toute de même une grande quantité », note l’expert.
L’équipe du professeur Lapointe travaille sur un projet ambitieux : une mini-station d’épuration individuelle, capable de retenir les nanoparticules, mais aussi le détergent, la matière organique et les composés solubles. « La filtration serait effectuée à domicile par un appareil de la taille d’un four ou d’un lave-vaisselle qui traiterait les eaux usées de lavage. Celles-ci pourraient être réinfiltrées directement dans le sol, ce qui permettrait de réduire le débit d’eau dans les usines d’épuration des eaux usées, qui sont très pressurisées », précise-t-il.
« On enlève plus de 98 % des fibres en plus des autres polluants, on est très enthousiastes. La prochaine étape est de voir s’il y a un gain environnemental ou pas, si ça vaut la peine. » Autre point à régler : les microplastiques interceptés doivent tôt ou tard être retirés des filtres… pour se faire envoyer à l’enfouissement. La planète ne s’en débarrassera pas de sitôt.
