Image: Shutterstock
L’odeur terreuse qui embaume l’air après la pluie évoque souvent le retour des beaux jours et les joies du jardinage. Mais pour certains vers communs de nos sols, il s’agit plutôt d’un signal de danger.
Les scientifiques savent depuis longtemps que la géosmine, une molécule produite par un grand nombre de bactéries du sol, est responsable de ce parfum si particulier. Mais son rôle n’est pas toujours clair. « La géosmine n’aide pas les cellules à croître ou à se diviser », dit Brandon Findlay, professeur au Département de chimie et de biochimie de l’Université Concordia.
Une étude de son équipe publiée dans le journal Applied and Environmental Microbiology démontre que la bactérie Streptomyces coelicolor utilise plutôt la géosmine pour sauver sa peau. De nombreux animaux sont capables de détecter ce composé chimique, dont les nématodes de l’espèce Caenorhabditis elegans. Ces minuscules vers peuplent les sols de la planète entière, jusqu’en Antarctique, et se nourrissent des bactéries qui y vivent. L’équipe a étudié le mouvement et le comportement des vers sur des plaques de gélose contenant de la géosmine. Elle a ainsi observé que les vers évitent soigneusement les zones où est présente cette molécule au goût si particulier. « La géosmine ne les tue pas, mais les vers l’associent à des effets négatifs », résume Brandon Findlay.
En effet, Streptomyces coelicolor produit de la géosmine, mais également des toxines qui seraient fatales aux nématodes s’ils décidaient de gober quelques-unes de ces bactéries en guise de repas. « L’idée est que les bactéries utilisent la géosmine comme signal d’alerte pour repousser les prédateurs », explique la première auteure de l’étude, Liana Zaroubi. Un peu comme la grenouille des fraises ou le monarque annoncent leur toxicité par des couleurs vives tandis que certaines plantes ont des épines, S. coelicolor libère de la géosmine pour signifier qu’il vaut mieux se tenir loin d’elle. Ces mécanismes de défense sont appelés « aposématisme ».
L’odorat humain est très sensible à la géosmine : il peut la déceler même en infimes quantités, de l’ordre de « quelques gouttes dans une piscine », illustre le professeur Findlay. Si son odeur est plaisante, son goût serait en revanche beaucoup plus désagréable. La géosmine serait-elle un signal de danger potentiel pour l’humain aussi ? Cela reste à prouver !