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Avec la levée du port du masque dans la plupart des lieux publics, on se retrouve à découvrir le visage entier d’une voisine, d’un commis d’épicerie ou de l’enseignante de son enfant pour la première fois. Et bien qu’on se réjouisse que les sourires fleurissent enfin au grand jour, voir l’intégralité d’un visage dont on ne connaissait que les yeux et le front est parfois… choquant. Rien de moins!
Pas besoin d’une laideur ou d’une difformité pour être surpris : l’étonnement vient simplement du fait que ce qu’on voit ne correspond pas à ce qu’on avait imaginé.
« Nous sommes habitués depuis toujours à voir des visages entiers et notre cerveau est spécialisé pour traiter les visages de cette manière. Nous appelons cela le traitement holistique. Lorsque nous forgeons des souvenirs avec de nouvelles personnes, nous le faisons d’une manière holistique et donc, s’il nous manque systématiquement la moitié inférieure de leur visage, nous devons la remplir », détaille Michael Lewis, chercheur en psychologie à l’Université de Cardiff.
Et forcément, quoi qu’on ait imaginé, il y a une dissonance avec la réalité, qui demande un petit temps d’ajustement. « Lorsque nous voyons ensuite le visage entier, le fait que la moitié inférieure du visage ne corresponde pas à ce qu’a construit notre mémoire nous donne l’impression d’être face à une nouvelle personne. La personne est donc difficile à reconnaître. Ce phénomène est similaire à ce que l’on appelle l’effet du visage composite : si l’on présente aux gens les parties supérieure et inférieure de deux personnes célèbres alignées en un seul visage, elles sont difficiles à reconnaître, mais si l’on désaligne les deux moitiés, elles deviennent faciles à reconnaître », précise-t-il.
Mais en ne laissant voir que les yeux, la pandémie n’aurait-elle pas carrément modifié nos critères de beauté? Car tant qu’à imaginer un visage, on a probablement tendance à lui attribuer des traits plutôt charmants.
D’ailleurs, dans un article publié début 2022, Michael Lewis a montré que les visages étaient en général jugés plus attirants avec un masque que sans. En présentant à 43 femmes des visages d’hommes (plus ou moins séduisants) couverts par un masque en tissu, par un masque chirurgical ou dans leur plus simple appareil, Michael Lewis et son collègue ont ainsi constaté que les faces cachées obtenaient de meilleures notes d’attractivité. Dur constat!
« Les recherches montrent que la pandémie a changé notre façon de percevoir les porteurs de masques. Quand nous voyons quelqu’un avec un masque, on ne pense plus “Cette personne est malade, je dois me tenir loin d’elle“ », commentait alors le chercheur.
Pour autant, plusieurs études menées avant la pandémie et au début de celle-ci ont révélé que le masque perturbait fortement notre perception des visages. En 2020, le neuroscientifique Erez Freud, de l’Université York à Toronto, avait montré auprès de 500 personnes que leur capacité à reconnaître des visages masqués était très inférieure à leur capacité à les reconnaître sans masque. Dans 13 % des cas, les personnes devenaient même incapables de reconnaître les visages masqués – comme si elles souffraient du trouble appelé prosopagnosie.
Une autre étude, conduite en Israël, a montré quant à elle que le masque perturbe notre capacité à « catégoriser » les gens, qu’il s’agisse de reconnaître leur identité, d’évaluer leur âge, leur genre ou de deviner leurs émotions.
Si beaucoup d’entre nous ont vécu le retrait du masque comme une libération, d’autres peinent à s’en défaire, soit par peur de la maladie, soit pour des raisons… esthétiques. C’est le cas de nombreux adolescents, qui camouflent leurs complexes et leur mal-être derrière le bout de tissu. Ce phénomène, rapporté par des médias de plusieurs pays, s’accompagne d’une anxiété à l’idée de révéler son visage à des camarades qui ne l’ont encore jamais vu, de peur d’être jugés ou critiqués. Décidément, le masque est bien plus qu’un accessoire sanitaire.