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Sciences

Évaluer la dépendance à la pornographie en quelques questions

05-04-2022

Illustration: Shutterstock

Pour les psychologues, diagnostiquer une utilisation problématique de la pornographie chez un patient n’est pas chose aisée, car les tabous qui entourent cette activité sont persistants.

La pornographie étant souvent considérée comme immorale, l’impression d’en être dépendant relève beaucoup des principes éthiques de chaque individu, qui sont nécessairement subjectifs. D’où l’importance de posséder un outil permettant d’établir un diagnostic objectif, tel que celui mis au point par une équipe formée entre autres de chercheurs québécois.

Le trouble du comportement sexuel compulsif (ou CSBD pour compulsive sexual behaviour disorder) est reconnu comme une maladie mentale par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2018. Selon Beáta Böthe, chercheuse postdoctorale en psychologie à l’Université de Montréal, le CSBD présente plusieurs sous-formes. « Certaines études cliniques montrent que l’utilisation problématique de la pornographie en serait la manifestation la plus commune, indique-t-elle. Environ 80 % des gens qui consultent [pour un CSBD] rapportent avoir cette dépendance. »

Or, ce n’est pas toujours le cas. Après avoir créé une première échelle il y a quelques années, la PPCS-18 (pour Problematic Pornography Consumption Scale), utilisée en Chine, en Pologne et au Québec, Beáta Böthe et des collègues en ont conçu une version plus courte.

Cette nouvelle version permettra de faire un dépistage rapide en clinique et sera plus facile à intégrer dans de grandes études scientifiques. La PPCS-6 se concentre sur 6 des 18 questions du premier outil. L’équipe l’a testée : même s’il était évident que cette échelle serait moins multidimensionnelle que sa version longue, elle devait quand même permettre de déceler un éventuel problème de manière précise. Grâce à une enquête à laquelle plus de 15 000 répondants ont participé, les chercheurs ont démontré que la PPCS-6 conserve la majeure partie des qualités psychométriques de la PPCS-18.

Mais l’une comme l’autre possèdent des angles morts. « Dans nos recherches, la plupart du temps, nous interrogeons des hommes blancs, dit Beáta Böthe. Est-ce que les outils de diagnostic que nous en tirons fonctionnent aussi bien pour les femmes ? Nous travaillons là-dessus ! »

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