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Les 10 découvertes de 2020

Diabète: des bactéries en-dehors de l’intestin jouent un rôle

07-01-2021

Voici une tranche fine d’un côlon de souris vue sous le microscope. Son apparence est anormale en raison d’un état inflammatoire semblable à celui qu’on observe dans les cas d’obésité sévère. Dans cette image, les bactéries (en rose violacé) associées au mucus (en vert) dans l’intestin empiètent sur la paroi du côlon. Elles sont à proximité des cellules épithéliales (en rouge, et leurs noyaux sont marqués de bleu). Normalement, la couche de mucus est plus épaisse et forme une barrière naturelle entre les cellules épithéliales de l’intestin et les bactéries. Dans cet exemple, l’intégrité intestinale est réduite et les bactéries (ou des fragments de celles-ci) peuvent franchir la barrière et éventuellement atteindre les tissus adipeux et le foie. Image: Claude Mathieu

La table est mise pour de nouvelles approches cliniques du diabète de type 2 grâce à la découverte d’une signature bactérienne spéciale dans certains organes des diabétiques.

L’expression « bibite à sucre » prend désormais tout son sens : les microbes présents dans notre système digestif pourraient jouer un rôle crucial dans le diabète de type 2, ce qui améliorerait notre compréhension autant du mécanisme déclencheur de la maladie que de la façon de la soigner.

Fernando Forato Anhê, titulaire d’un doctorat de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et premier auteur de l’article qui rapportait la découverte en mars dernier dans la revue Nature Metabolism. Photo: Université McMaster

Mais un instant ! Ne savait-on pas déjà que les populations microbiennes différaient entre une personne diabétique et une personne normoglycémique (avec un taux de sucre normal dans le sang) ? Oui, on savait que la maladie entraînait des changements du microbiote intestinal ; par contre, on ignorait ce qu’il en était ailleurs dans le corps, dit Fernando Forato Anhê, titulaire d’un doctorat de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et premier auteur de l’article qui rapportait la découverte en mars dernier dans la revue Nature Metabolism.

Car même si l’intestin constitue une barrière robuste contre l’intrusion de microorganismes dans notre corps, cette protection n’est pas sans faille. On parle de « translocation » lorsque des agents microbiens parviennent à franchir cette frontière et à pénétrer dans l’organisme. Quelques bactéries − entières ou en morceaux − ont alors le temps d’aller se cacher dans d’autres tissus avant que le système immunitaire les rattrape. Ce sont les traces de ces intrus qu’ont étudiées les chercheurs.

Les mailles du filet seraient d’ailleurs encore plus grandes chez les personnes obèses, un état qui prédispose au diabète de type 2. Et c’est justement dans d’autres composants du corps − le plasma, certaines couches de gras et le foie − que l’équipe de l’Université Laval a découvert des signatures bactériennes très différentes entre les personnes obèses diabétiques et les personnes obèses normoglycémiques. Autrement dit, les diabétiques ont certaines variétés de bactéries en certaines proportions à divers endroits dans le corps et ces profils se distinguent nettement de ceux des individus non diabétiques.

Les chercheurs se demandent toutefois si c’est la translocation anormale d’agents bactériens qui déclenche le diabète ou si, à l’inverse, c’est le diabète qui influence les populations bactériennes.

André Marette, professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval. Photo: André Marette

« C’est l’œuf ou la poule ! Honnêtement, je pense que les deux mécanismes sont présents, mais que la translocation partirait le bal. Ce serait elle qui engendrerait l’inflammation locale associée au diabète de type 2, puis, une fois la maladie déclarée, la barrière intestinale se fragiliserait davantage, ce qui permettrait le recrutement d’encore plus de bactéries et cela créerait un cercle vicieux », explique André Marette, professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval.

Fernando Forato Anhê, aujourd’hui chercheur postdoctoral à l’Université McMaster, en Ontario, estime que « c’est un tournant dans la recherche sur le diabète de type 2. Les signatures microbiennes pourraient par exemple servir de biomarqueur précoce pour détecter le diabète avant même l’apparition des symptômes ! »

En outre, les chercheurs croient que, à l’avenir, les traitements du diabète de type 2 pourraient inclure les probiotiques (apport de microorganismes bénéfiques), les prébiotiques (apport de nutriments favorisant la croissance des microorganismes bénéfiques) ou encore le dernier venu, les postbiotiques (apport de fragments bactériens ayant un effet bénéfique).

« Notre article ouvre la voie à une explosion de recherches dans les années à venir, mais il va falloir beaucoup d’efforts et plusieurs autres équipes pour étudier autant de possibilités. J’en perds des heures de sommeil tellement j’ai hâte de commencer les tests ! » s’enthousiasme le professeur Marette.


Ont aussi participé à cette découverte : Thibault V. Varin, Denis Richard, Simon Marceau, Laurent Biertho et André Tchernof, de l’Université Laval, ainsi que des chercheurs de l’Université McMaster, de l’Université de Copenhague (Danemark) et de la société de biotechnologie française Vaiomer.

L’avis du jury

À entendre parler du microbiote depuis maintenant plusieurs années, on pourrait penser que la science a fait le tour de la question. Or, ces chercheurs ont réussi à nous surprendre. Il existe tout un monde en dehors de l’intestin et des bactéries réussissent à s’y faufiler. Étonnant !

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