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L’esclavagisme a engendré une diaspora qui a influé sur le génome des populations américaines.
Pendant plus de trois siècles, entre 1503 et 1870, plus de neuf millions de personnes ont été arrachées à leurs terres africaines pour être soumises à l’esclavage sur le continent américain. Cette diaspora fut si massive qu’elle n’a pas seulement marqué l’histoire, elle a également influé sur le génome des populations américaines, du nord au sud du continent en passant par les Caraïbes. C’est ce qu’a découvert Eduardo Tarazona Santos, professeur de biologie à l’Université fédérale du Minas Gerais, au Brésil.
Il a mené une étude sur trois ans, en collaboration avec 37 chercheurs de 18 universités, qui a permis d’analyser les génomes de 6 267 personnes issues de 25 populations (surtout américaines, mais aussi africaines et européennes).
L’équipe s’est posé trois grandes questions : existe-t-il un lien entre les régions d’origine des esclaves et leurs destinations américaines ? Le métissage est-il apparu dès l’arrivée des Africains dans le Nouveau Monde ? Retrouve-t-on toute la diversité ethnique du continent africain dans les Amériques ? Les réponses à ces questions sont toutes affirmatives.
L’étude a confirmé que les esclaves emmenés en Amérique du Nord et dans les Caraïbes venaient plutôt de l’Ouest africain. En Amérique du Sud, on trouvait plutôt des Bantous du sud et de l’est de l’Afrique. Ces différentes ethnies ont été mélangées par les esclavagistes dès leur arrivée dans le Nouveau Monde, surtout au pic du trafic humain, entre 1750 et 1850. Ainsi, le génome des afrodescendants et des Latino-Américains comporte toute la diversité et la richesse génétiques du continent africain.
Depuis, les peuples américains ont continué à se mélanger, ce qui a favorisé une certaine homogénéité génétique. « Aujourd’hui, un Afro-Américain est plus proche génétiquement d’un Brésilien qu’un Mozambicain d’un Nigérian », explique M. Tarazona Santos, auteur principal de l’étude publiée en mars dernier dans la revue Molecular Biology and Evolution.
Cette étude est importante sur le plan historique, mais surtout sur le plan médical. « Nous connaissons bien le génome des Européens, mais très peu celui des autres ethnies, reprend le chercheur. Il faut savoir que l’élaboration de la plupart des médicaments et des tests de dépistage de même que la prévention des cancers héréditaires sont basées sur le génome européen. Ainsi, les populations non européennes ne peuvent bénéficier de l’avancée de la médecine génomique. » D’ailleurs, le professeur continue ses recherches en ciblant des gènes spécifiques à certaines maladies, comme le cancer du sein, afin de pouvoir adapter le dépistage précoce des populations concernées.