Des chercheurs suisses ont remarqué chez des souris sauvages une diminution de la taille du cerveau et l’apparition de poils blancs, des caractéristiques qui résultent de leur proximité avec les humains.
Les humains ont domestiqué à leur compte plusieurs espèces animales, dont le mouton, le lapin, le chien et le chat. Mais certaines espèces n’ont pas besoin de l’intervention humaine pour se domestiquer. Des chercheurs de l’université Zurich, en Suisse, ont constaté ce phénomène chez les souris sauvages (Mus musculus domesticus). Leur domestication entraîne un changement génétique et se remarque par des traits physiologiques différents : cerveau plus petit, museau plus court et fourrure parsemée de poils blancs.
Les chercheurs ont commencé leurs observations en 2002 dans une ferme en Suisse. Au départ, ils ont capturé 12 souris sauvages dans les fermes avoisinantes et les ont placées dans une grange spécialement aménagée pour cette expérience, où les ouvertures ne laissaient passer que les souris, qui pouvaient entrer et sortir librement. Les prédateurs, comme les renards, les hiboux et les chats, étaient tenus au loin et ne pouvaient pas y pénétrer.
Un mécanisme mis au jour
Dans cet abri, les rongeurs avaient accès à de la nourriture et de l’eau fraîche grâce aux bons soins des scientifiques. La population de souris a augmenté et s’est maintenue entre 250 à 430 individus.
Pendant toute la durée de l’étude (14 ans!), les chercheurs ont pesé les souris, mesuré la longueur de leur cerveau et compté leurs taches blanches. Bien que les humains n’aient fait que les nourrir, les souris se sont adaptées à leur présence. Entre 2010 et 2016, le nombre de souris présentant des poils blancs a doublé. Quant à la longueur du cerveau, celle-ci a diminué de 3,5% de 2007 à 2016.
Par quel mécanisme cela se produit-il? La proximité avec les humains influence les gènes des femelles pendant la gestation, d’où les changements physiologiques au fil des générations, selon les auteurs de l’étude. Concrètement, les signaux des circuits nerveux impliqués dans la peur et le stress sont réduits. Puisque ces signaux sont régulés par un petit groupe de cellules souches dans l’embryon, les bébés s’en trouvent affectés.
Ces changements au contact de l’humain ont déjà été observés par le passé chez le renard argenté, où certains individus plus amicaux étaient sélectionnés pour l’élevage. Mais contrairement au renard, les souris n’étaient pas sélectionnées. Il s’agit de la première étude à démontrer que l’autodomestication produit les mêmes effets que la domestication par les humains.
Des souris et des hommes
Il y a bien longtemps que les souris et les humains se côtoient. Selon Madeleine Geiger, une des auteurs de l’étude, les souris vivent près de nous depuis plus de 15 000 ans, attirées par la nourriture. Cette proximité a suffi à rendre les souris moins sauvages en notre présence. Les biologistes évaluent que, sans intervention humaine, la même chose est survenue chez le loup, qui est devenu moins timide et moins agressif au fil des générations, permettant un premier pas vers la domestication du chien.
Photo: Linda Heeb