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Sciences

Les maisons aux pignons verts

29-04-2011

Christian Bégin a trouvé la demeure de ses rêves sur le chemin de Kamouraska. Elle l’attendait. Mais la vénérable ancestrale, défigu­rée par des décennies de prélart et de mélamine, avait un urgent besoin d’être restaurée. «Pas question d’un entrepre­neur conventionnel qui se sacre de l’envi­­ron­nement et met de la colle sous le plancher», décrète le comédien avec son franc-parler habituel.

L’animateur de l’émission gourmande Curieux Bégin recrute un architecte qui partage son souci de la nature. Les tuiles cartonnées cèdent la place à d’antiques poutres de pin rouge; le clin de vinyle à de vieux bardeaux. Les murs en bois brut patiné par le temps sont mis à nu, et isolés par l’extérieur. Les lattes récupérées durant les travaux servent aux planchers de l’étage. Et un artisan du coin fabrique une cuisine si belle que le Saint-Laurent semble s’inviter à dîner à travers les immenses fenêtres tout juste percées.

«La construction écologique, ce n’est pas donné. Des amis m’ont conseillé de tout raser pour reconstruire», raconte Christian Bégin. Mais lui ne pense qu’à recommencer. Il aimerait aménager sur son terrain un gîte pour les familles qui n’ont pas les moyens de séjourner à la campagne. Un gîte plus vert que vert!

Il y a cinq ans à peine, s’offrir une résidence respectueuse de l’environnement était consi­déré comme une lubie de «granole». Aujourd’hui, c’est dans le vent. Les édifices verts du secteur public ont révélé la beauté des matériaux durables, l’efficacité du chauffage solaire et des toits de verdure. Ce n’est pas tombé dans l’œil d’un aveugle. À preuve, l’an dernier, pour la première fois, les participants à la téléréalité Ma maison RONA ont obtenu une certification écologique.

En 2008, la certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) s’est étendue aux habitations, offrant ainsi aux propriétaires un sceau de qualité reconnu partout en Amérique du Nord. Au Québec, une vingtaine de résidences ont obtenu le label et quatre fois plus sont actuellement à l’étude. «Grâce à cette grille d’éva­luation, les constructeurs peuvent ménager l’environnement, même s’ils ne connais­sent pas les fondements scientifiques de toutes leurs actions», estime Emmanuel Cosgrove, qui supervise la douzaine d’évaluateurs québécois. Son organisme, Écohabitation, de Montréal, offre des ateliers de plus en plus courus.

Lui-même s’est soumis à l’examen. La demeure qu’il avait construite en 2006 pour sa famille a été certifiée LEED platine – le titre suprême. Son quadruplex au centre-ville de la métropole est équipé d’un système de filtration des eaux grises pour alimenter les toilettes, et de puits de lumière tubulaires pour éclairer les pièces sombres. Son toit est surmonté d’un potager et le coin douche est couvert d’ardoise provenant d’anciens tableaux d’école!

Le vent vert souffle si fort qu’il s’infiltre jusque dans les institutions financières. La Capitale offre 15% de rabais sur la prime d’assurance habitation aux propriétaires d’une maison LEED. Et la Caisse d’économie solidaire Desjardins consent une ristourne pouvant atteindre 1 750 $ selon le niveau de certification. «Nous reconnaissons la valeur du geste posé par les gens qui investissent dans une propriété verte», explique Célyne Prévost, directrice générale adjointe des services aux membres.

De fait, nos logis sont gourmands en énergie et en matériaux. Selon RECYC-QUÉBEC, en 2008, l’industrie du bâtiment a généré plus de deux millions de tonnes de débris, soit le sixième des matières envoyées dans les dépotoirs. Les résidences engloutissent aussi le cinquième de toute l’énergie consommée au Canada, 67% allant au chauffage, 18% aux appareils électriques et 15% au chauffe-eau.
(Illustration : Michel Rouleau)

Lire la suite dans Québec Science d’avril-mai 2011

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