Le violent séisme qui a frappé Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en février 2011, a dévasté la ville. © yona jebrak
Yona Jébrak
Urbanisme, professeure au département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal
Quand les villes renaissent de leurs cendres
Port-au-Prince, Christchurch, Fukushima… Comment des cités détruites reviennent à la vie.
Par Catherine Girard
La résilience urbaine dépend non seulement de la reconstruction des bâtiments, mais aussi de la faculté d’adaptation des résidants. «Au lendemain du séisme qui a défiguré leur pays, les Haïtiens ont fait preuve d’une grande force de caractère. Plus de deux ans après les événements, des centaines de milliers de personnes vivent toujours dans des camps de fortune», précise Mme Jébrak.
Certaines métropoles sont mieux outillées que d’autres pour faire face aux aléas du destin. Une économie forte et des structures politiques solides sont des atouts qui permettent à une ville de se relever plus rapidement. Mais de tous les facteurs de résilience, la capacité d’anticipation est de loin le plus important, croit la professeure. «Le risque nul n’existe pas. Les villes les plus résilientes sont celles qui sont préparées à plusieurs éventualités», dit-elle. Ainsi, même les localités où le risque sismique est faible devraient prévoir des mesures d’urgence au cas où la terre tremblerait.
La résilience, c’est aussi savoir tirer des leçons du passé et de l’expérience des autres. «Parce qu’elles savent qu’elles sont situées dans une région où les tremblements de terre sont fréquents, les villes japonaises se sont dotées de normes antisismiques très élevées. Malgré tout, lors du séisme survenu en 1995 à Ko¯be, dans le sud-est du pays, de nombreuses personnes qui résidaient dans de vieux quartiers ne répondant pas à ces normes sont décédées. Afin d’éviter que ce genre de tragédie se reproduise, le plan d’évacuation a été modifié. Il s’agit d’un bon exemple de résilience urbaine», relate Yona Jébrak.
La résilience urbaine est encore un sujet d’étude marginal, mais qui est appelé à se développer. En effet, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, mis sur pied par l’ONU, les changements climatiques entraîneront une augmentation des événements dévastateurs, comme les ouragans, les sécheresses et les inondations.
«L’urbanisation grandissante nous rend également de plus en plus vulnérables. Une inondation dans un lieu inhabité aura peu de conséquences. Mais dans une zone résidentielle, ça peut représenter un fléau», ajoute la professeure. Les sinistrés des inondations de la rivière Richelieu, au Québec, en 2011, en savent quelque chose…