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Société

La drogue mangeuse de chair

26-10-2012


En Russie, une nouvelle drogue, le krokodil, fait des ravages. Substitut bon marché de l’héroïne, on craint maintenant qu’elle  se répande dans le monde. On en aurait trouvé en Ontario.

Russie. Il n’a fallu qu’une mauvaise injection à Boris pour que le krokodil (en russe) se mette à dévorer son bras. «J’ai raté la veine et je me suis piqué dans le muscle. Ça a tout de suite commencé à pourrir.» Huit heures plus tard, en pleine nuit, il courait dans les rues d’Ekaterinbourg, en direction de l’hôpital. Le médecin n’a eu d’autre choix que de procéder à l’ablation d’une partie du biceps et du triceps de son bras gauche pour freiner l’expansion de la gangrène.

Héroïnomane depuis plusieurs années, Boris avait commencé à consommer cette drogue un mois plus tôt: «Je n’arrivais plus à dénicher d’héroïne nulle part. Il fallait que je trouve quelque chose à m’injecter. Et le plus simple, c’était le krokodil.»

En Russie, rien n’est en effet plus facile que de se procurer les ingrédients servant à concocter la désomorphine, le nom savant du krokodil: des comprimés antidouleur à base de codéine (un dérivé de la morphine), de l’essence, de l’iode, et quelques produits ménagers font l’affaire.

Il suffit de quelques clics sur Internet pour trouver la recette. Et de quelques autres clics pour constater les effets dévastateurs de cette drogue: pieds en lambeaux qui se détachent du corps, avant-bras rongé jusqu’à l’os, corps mai­gres gangrenés de partout, etc. Les produits contenus dans le krokodil sont si toxiques qu’ils bloquent la circulation sanguine autour des zones d’injection. La nécrose des tissus qui en découle crée sur la peau des plaques verdâtres, similaires au cuir du grand reptile.

«Le cocktail que les toxicomanes s’injectent est incompatible avec la vie», résume tout simplement Oleg Zabrodine, narcologue en chef de la région de Sverdlovsk, où est située Ekaterinbourg, dans l’est de l’Oural. Avec le temps, ils peuvent développer une encéphalopathie, soit des lésions au cerveau menant à des troubles de langage et au dysfonctionnement du système moteur.

«Au bout d’un an et demi en moyenne, ces gens meurent de septicémie (infection du sang), de dysfonctionnement du foie et des autres organes internes, ou d’infections diverses», énumère le narcologue.

M. Zabrodine n’hésite pas à expliquer la baisse du nombre de toxicomanes enregistrée au cours des dernières années par l’apparition de cette drogue: «Une fois qu’ils passent à la désomorphine, les consommateurs ne reviennent plus à l’héroïne. Parce qu’ils meurent, tout simplement.» En Russie, médecins, policiers, toxicomanes et intervenants sociaux s’entendent sur une chose: le krokodil est la drogue la plus horrible qu’ils aient jamais vue – ou consommée.

Lire la suite dans le numéro de novembre 2012

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