Dans un bureau du chic quartier The Annex de Toronto, entre une boutique de robes de mariage et une firme d’avocats, une dizaine de programmeurs jouent au chat et à la souris avec le gouvernement iranien. Leur adversaire: le Conseil suprême du cyberespace de Téhéran, une organisation créée en 2012 par l’ayatollah Ali Khamenei. Et depuis février dernier, les «gardiens iraniens du numérique» ne cessent d’attaquer la petite start-up canadienne.
Bienvenue chez Psiphon inc., une entreprise informatique qui développe une technologie pour déjouer la censure. «Plus de un demi-million de personnes utilisaient nos services en Iran lorsque Téhéran a bloqué la messagerie instantanée WeChat, relate Karl Kathuria, le vice-président de l’entreprise. Mais aujourd’hui, le gouvernement s’en prend directement à nos serveurs. Nous avons donc mis le développement technologique en veilleuse pour gérer ces attaques. L’article 19 de la Déclaration des Nations unies stipule que les gens devraient être libres de communiquer, poursuit M. Kathuria. Alors nous travaillons à rendre Internet accessible là où ce droit fondamental n’est pas reconnu!

La première version de Psiphon a été créée en 2004 par des chercheurs du Citizen Lab, un centre de recherche affilié à l’université de Toronto, qui s’intéresse à la cybersécurité. En 2006, Psiphon inc. prenait le relais.
En téléchargeant le logiciel, qui ressemble à un fureteur comme Internet Explorer, l’internaute peut naviguer librement, peu importe où il se trouve. À l’aide de milliers de serveurs situés partout dans le monde, Psiphon offre gratuitement une connexion pour accéder à des sites bloqués par certains régimes.
Mais les adversaires des droits de la personne ne se contentent pas de bloquer certains sites Internet sur leur territoire. Ils font de la surveillance, ils attaquent, créent de faux outils et des pages web bidons. En mars 2014, une version malveillante de Psiphon a même fait son apparition. Une fois téléchargé, le logiciel communiquait avec un serveur situé en Syrie!
La recherche de l’anonymat et le contournement de la censure sur Internet entraînent les informaticiens dans une course contre des régimes disposant de moyens technologiques de plus en plus sophistiqués. Dans des pays comme la Chine, l’Iran ou la Turquie, l’accès au contenu de YouTube, Twitter ou Facebook est le plus souvent bloqué par les autorités.
Robert Guerra, chercheur au Citizen Lab, remarque qu’une réelle culture des start-ups engagées à promouvoir la liberté d’expression sur le Web existe maintenant à Toronto et à Montréal, notamment en raison des nombreuses diasporas. «Il y a tellement de gens qui viennent étudier au Canada, dit-il. Ils sont jeunes et débrouillards. Les Iraniens et les Tibétains, par exemple, sont très habiles à contourner la censure. Ils ont vite appris à reconnaître les risques sur Internet, puisque les techniques de ces gouvernements sont de plus en plus sophistiquées.»
Illustration: François Escalmel
Lire la suite dans l’édition d’octobre du magazine Québec Science